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Les homosexuel(le)s devraient-ils s’attendre à quelque chose du synode des évêques catholiques?

 

La question LGBT reste posée au sein de l’Eglise catholique depuis toujours, que ça soit du dedans ou du dehors. Depuis l’année passée, cette Eglise a mis la question à table à travers le synode des Evêques qui devrait se rassembler encore une fois dans un mois pour prendre des décisions finales. La communauté LGBT devrait-elle espérer mieux par rapport à la discrimination et stigmatisation dont elle reste encore victime ?

Les points 55 et 56 du rapport final de la session synodale de 2014, sont assez clairs jusque-là sur les positions de l’Eglise catholique sur la situation des personnes homosexuelles. Cependant, ce rapport n’aborde pas toute la question dans sa généralité, mais se limite seulement au mariage gay. Selon ce document, « Il n’y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille. Néanmoins, les hommes et les femmes ayant des tendances homosexuelles doivent être accueillis avec respect et délicatesse. À leur égard, on évitera toute marque de discrimination injuste. » Ce sera tout comme conclusion sur la question. Avec une conclusion aussi résumée que celle-ci, qui ne tient pas compte de toute l’étendue de la question, on peut se demander si les conclusions d’octobre prochain sur cette réunion apporteront quelque chose de nouveau.

Pélérins participants aux enseignements du prédicateur Jean Pliya au Mont Sion Gikungu. Source: Blog du Mont Sion Gikungu

L’Eglise catholique étant une institution d’une grande notoriété à travers le monde et comptant dans certaines parties du monde la majorité des croyants, elle a un grand rôle à jouer dans la promotion effective des libertés humaines. Quoi que souvent traditionaliste, elle s’ouvre de plus en plus aux réalités contemporaines et se pose des questions. La preuve est que la question homosexuelle soit mise à table et discutée. Disons que ceci est un pas. Mais ce pas n’aurait-il pas besoin d’être appuyé pour qu’il soit un pas de géant ? L’Eglise catholique, dans sa hiérarchie surtout, n’a-t-elle pas encore besoin de comprendre la réalité homosexuelle pour que ses décisions par rapport à cela soient conséquentes ? La petite conclusion sur la question des personnes homosexuelles dans ce rapport précité révèle combien cette Eglise romaine ignore encore des réalités LGBT, s’il ne s’agit pas d’en faire fi. Comment par ailleurs, devrait-elle prendre des décisions pour la vie des gens, une vie privée pour le reste, quand aucune des personnes concernées n’est concertée ? Peut-on prendre des décisions sur une question dont on ne maitrise pas les enjeux ? Il est dès lors plausible de se demander s’il n’est pas opportun pour le mouvement activiste d’aider ces prélats à comprendre ce sur quoi ils veulent décider. Le document préparatoire du prochain synode lui-même ne revient pas assez sur la question. En plus de la conclusion résumée de la dernière session d’octobre 2014, ce document ajoute quand-même une note d’espoir sans aucune perspective concrète, du reste. Au numéro 131 il est dit : « Il est réaffirmé que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec sensibilité et délicatesse, aussi bien dans l’Église que dans la société. Il serait souhaitable que les projets pastoraux diocésains réservent une attention spécifique à l’accompagnement des familles où vivent des personnes ayant une tendance homosexuelle et à ces mêmes personnes. » Jusque-là, l’Eglise veut juste adopter un comportement « humain » envers les personnes homosexuelles. Mais que pense-t-elle du comportement homosexuel lui-même et quelle est son attitude par rapport à cela.

La question reste posée. Jusqu’ici, l’Eglise recommande aux personnes homosexuelles une vie chaste plutôt (point 2359 du Catéchisme de l’Eglise Catholique), c’est-à-dire une vie de continence sexuelle. Est-ce ceci un langage réaliste à tenir devant l’homme contemporain ?

Lire aussi: BURUNDI: L’église catholique contre le 3ème mandat du Président Pierre Nkurunziza.

Slate Fr: Le pape peut-il changer la vision de l’Eglise sur le sexe?

360Degré: Action de Carême accusée de “Lobbying LGBT”.

France: L’église Protestante autorise les bénédictions des couples gays.

Ces derniers mois, des manifestations ont été observées dans le pays pour contester que le Président de la République Son Excellence M. Pierre NKURUNZIZA se représente aux élections présidentielles de 2015. Certains partis politiques de l’opposition et certaines ONG nationales et internationales se sont opposés à la volonté du président de briguer un autre mandat qu’ils jugent illégal et contraire à la Constitution du Burundi.

Au lendemain de la formatio

n de son gouvernement, le président de la République dans son discours à la nation a annoncé de nouvelles réformes. Dans ces réformes, le Président a notamment indiqué la mise en place d’une Commission chargée des ONGs tant nationales qu’internationales.

« Nous allons faire examiner en profondeur comment mettre sur pieds une Commission chargée des ONGs nationales et intern

ationales, de les agréer et de faire le suivi sur la manière dont elles font leur travail : il est démontré qu’un certain désordre existe dans ces Organisations.
Cette Commission fera le suivi des réalisations de ces ONGs afin que leur apport au développement du pays soit plus visible et qu’il augmente conformément aux nouvelles dispositions règlementaires qui vont être bientôt définies. Les financements de ces Organisations devront passer par des canaux bien connus et servir à des fins auxquelles ils avaient été destinés. Au cas contraire, les lois et règlements seront appliqués, et celui qui les aura enfreints, qui qu’il soit, sera sanctionné. »

La mise en place de cette Commission pourrait être perçue comme visant à restreindre la liberté d’association, garantie par la Constitution du Burundi dans son article 32 qui indique que : “La liberté de réunion et d’association est garantie, de même que le droit de fonder des associations ou organisations conformément à la loi.”

Sachant que les relations entre l’Etat et certaines Organisations de la Société civile n’ont pas été bonnes ces derniers temps, les réformes annoncées peuvent être interprétées comme une immixtion de l’Etat dans la gestion de ces Organisations. Ces réformes pourraient être perçues en même temps comme des mesures de représailles contre les ONG qui ont manifesté leur engagement dans la campagne contre un «  troisième » mandat du Président Pierre NKURUNZIZA.

Les motifs avancés par le gouvernement d’orienter les financements octroyés à ces Organisations vers les apports au développement n’ont pas de fondement vu que les bailleurs octroient leurs financements aux Organisations qui travaillent la plupart des cas dans des programmes de développement communautaire dont bénéficie la population nécessiteuse.

Ces réformes, si elles sont mises en place, feront basculer le Burundi dans un État-providence qui ne fera qu’aggraver la situation politique, socio-économique, ainsi que celle des droits humains, qui est par ailleurs préoccupante dans ces moments où certains bailleurs ont annoncé qu’ils vont suspendre leur aide aux financements si le Président brigue un « troisième » mandat.

Les Organisations LGBTI affectées au premier plan

La mise en place d’une Commission visant à réguler les activités des Organisations non gouvernementale va à l’encontre de tous les conventions et traités dont le Burundi a ratifié. Par ailleurs, la Constitution du Burundi dans son article 19 indique que : « Les droits et devoirs proclamés et garantis, entre autres, par la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention relative aux droits de l’enfant font partie intégrante de la Constitution de la République du Burundi. Ces droits fondamentaux ne font l’objet d’aucune restriction ou dérogation, sauf dans certaines circonstances justifiables par l’intérêt général ou la protection d’un droit fondamental.

Même si ces mesures vont affecter toutes les ONG travaillant au Burundi en général, les Organisations qui travaillent sur la thématique LGBTI seront affectées en particulier. A l’heure actuelle, aucune Organisation d’identitaire LGBTI n’a encore été enregistrée malgré les multiples tentatives. Les réformes annoncées par le Président de la République risquent d’anéantir les efforts et le travail de plaidoyer déjà engagé depuis 2009 par les Organisations LGBTI du Burundi.

Lire aussi :

  1. 26/08/2015_Message du Président Burundais, à la Nation, au lendemain de la formation du gouvernement.
  2. 28/08/2015 _ La société civile Burundaise divisée sur le CNARED.