Code Pénal: L’article 567 ne criminalise plus l’homosexualité !

Il y a trois semaines, aux urnes se sont rendus des millions de Burundais pour approuver (Ego) ou désapprouver (Oya), par référendum, la réforme de la constitution nationale. Les Ego l’ont officiellement emporté à 73,2%. Si la décision de changer la constitution nationale a été accompagnée d’une crise politico-sociale depuis 2015, Elle n’est pas la seule à avoir connue des modifications. Le code pénal y compris, ils témoignent aujourd’hui des changements importants sur l’espace civique et dans la législation Burundaise.Selon la LOI N°1/27 DU 29 DÉCEMBRE 2017 PORTANT RÉVISION DU CODE PENAL, l’une des modifications remarquable faites est celle portant sur l’article 567. L’article 567 du code pénal Burundais criminalisait les relations sexuelles entre personnes de même sexe d’une servitude pénale de trois mois à deux ans et d’une amende de cinquante mille à cent mille francs burundais ou d’une de ces peines seulement. Loin d’avoir décriminalisé l’homosexualité, l’article 567 a juste été déplacé vers l’article 590 dans la section 5 : Des Outrages publics aux bonnes mœurs, de la zoophilie et de l’homosexualité.  

Capture d’écran. Section 5 : Des outrages publics aux bonnes mœurs, de la zoophilie et de l’homosexualité. (Code pénal disponible: https://www.droit-afrique.com/uploads/Burundi-Code-2017-penal.pdf)

Légalement et socialement, une loi qui ne fait toujours aucun sens !

Presque 10 ans après la criminalisation de l’homosexualité au Burundi ; la situation légale et sociale des lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) n’a évoluée en rien d’inclusif. Leur existence dans la société Burundaise reste toujours aussi questionnable et la loi de 2009 et se dérivés n’ont fait que accentuer la stigmatisation. Face aux rejets par leurs familles, dénies de services ou encore l’accès à des droits basiques comme le droit à la santé ; l’évolution des personnes LGBT reste marquée, malheureusement, par un manque de protection contre les discriminations et les violences basées sur l’orientation sexuel et/ou l’identité de genre. Des problématiques, en intersection aux autres besoins, restent aussi remarquables notamment sur le droit à la réunion et à l’association pacifique.

Quelques cas de violations de droits humains enregistrés par MOLI depuis 2011 :

  • En Mai 2011, en province de Gitega, une candidate ouvertement homosexuelle dans la région a été rejetée à une offre d’emploi. L’employeur lui a explicitement informé ‘’ d’aller changer son orientation sexuelle et de revenir’’.
  • En juillet 2014, respectivement dans les provinces de Kayanza et Bujumbura, deux enfants ont été expulsée du milieu scolaire sur des doutes de leur homosexualité.
  • En Octobre 2017, 7 Pairs Educateurs dans la lutte contre le VIH/SIDA ont été arrêtés et emprisonner pendant plus d’une semaine, 3 jours après qu’un conseiller en communication à la présidence du Burundi ait fait un tweet que ‘’ Les pays occidentaux refusent d’aider le Burundi parce qu’il refuse d’accepter l’homosexualité. ‘’ Quelques heures après leur arrestation, le chef de la police via un tweet d’un journal en ligne locale, a affirmé qu’’un réseau d’homosexuelle a été démantelé et que la police va continuer à faire des enquêtes ‘’

Février 2015 – Deux jeunes hommes assistants à une représentation théâtrale sur la “santé sexuelle et reproductive” dans la région rurale de la commune MABAYI en province Cibitoke. (Photographie: Source privée.)

Face à la situation, quelle(s) contribution(s) apporter ?

 Dans un Burundi qui se veut fièrement porter des valeurs d’Unité nationale, de Travail et Progrès, Il importe de comprendre que laisser en arrière ses propres citoyens à l’évolution du pays n’est point de bonne stratégie. Une stigmatisation qui souvent commence dans les familles et l’entourage et qui malheureusement ne bénéficie aucune considération des instances de protection. Comme contributions de la part des Burundais qui soutiennent l’inclusion et l’équité de tous, il est nécessaire de :

  • Comprendre et faire comprendre que les droits des LGBT sont aussi les droits de tout le monde, ce 365 jours par an. Vivre, aimer, accéder à l’éducation, accéder à des cadres de santé et judiciaires adéquats, avoir la sécurité dans son emploi et connaitre l’évolution inclusive dans l’entourage de son choix, avec le partenaire de son choix, devrait être des garanties et non des droits à négocier.
  • Comprendre, contribuer et soutenir aux formes de leaderships formels et informels existant, qui contribuer à la tolérance, au respect et l’inclusion de tous.
  • Comprendre, contribuer et soutenir les conversations et les cadres plus éclairés qui favorisent la non-violence et la non-discrimination.

08 Mars 2018, Célébration de la journée mondiale de la femme, Deux jeunes hommes à la sortie d’un match de football à Bujumbura. (Photographie: Source privée.)

Lecture recommandée : Orientation sexuelle, identité et expression de genre au Burundi : Droits, Codes et Lois. Un livret compréhensif sur les Droits Humains et les dispositions législatives pour les personnes LGBT au Burundi.

‘’ Même au nom de l’amour, des personnes de mauvaise foi peuvent prendre avantage de la vulnérabilité à la loi pour faire le pire des choses […] le chantage est un comportement aussi vieux que le temps […]  Il est important que les personnes LGBT sachent que, même au sein de leurs cercles sociaux, des personnes malintentionnées existent. ‘’ Commente Sonia*, activiste lesbienne

Internet est, aujourd’hui, une révolution dans beaucoup de domaines y compris dans la vie sentimentale et sexuelle des personnes Lesbiennes, Gays, Bisexuelles et Transgenres (LGBT). Au Burundi, dans le contexte légal qui criminalise les relations sexuelles entre personnes de même sexe, Internet sert d’alternative pour ces personnes afin de s’informer, questionner, définir et redéfinir mais aussi s’exprimer et exister comme ils/elles le souhaitent. Des réseaux sociaux aux applications de rencontre, se faire des ami(e)s voir même vivre des instants amoureux n’a jamais été aussi facile. Néanmoins, dans un Bujumbura qui connait de plus en plus de cas de chantages en ligne et physique, il est important d’avoir un rappel sur le contexte local et comment s’y prendre pour continuer à mieux y vivre.  

En vérité, TOUT peut vous accusez !

Dans sa loi de 2009, le Burundi criminalise les relations sexuelles entre personnes de même sexe d’une servitude pénale de trois mois à deux ans et d’une amende de cinquante mille à cent mille francs burundais ou d’une de ces peines seulement. ‘Légalement parlant, cette loi n’est applicable qu’en cas de fragrance de délit, c’est-à-dire, une arrestation en plein acte et/ou plutôt avec des preuves évidentes d’acte(s) sexuel(s)’’ commente Aimé*, Juriste et bisexuel. En effet, en tant que citoyen Burundais, ‘’La loi sur l’homosexualité’’ ne mentionne nulle part qu’il est interdit à personne d’exister comme il/elle est. Néanmoins, il serait tout faux d’assumer qu’elle ne sert à rien car malheureusement, par simple analyse, elle est souvent une base de justification pour les discriminations et le stigma vécu par les personnes LGBT et va même à soutenir l’homophobie sociétale dans toutes ses diverses formes (rejets familiaux, renvois scolaire, chantages, violences psychologique et sexuelle, etc.). ‘’ S’il y aurait lieu d’accuser n’importe qui pour en venir à l’homosexualité ; En vérité, TOUT peut vous accusez… Prenez, par exemple, avec – l’atteinte aux bonnes mœurs, dans le code pénale – combien les personnes transgenres sont vulnérables face à cela ?’’ Commente toujours Aimé. 

Ainsi, physiquement ou en ligne, il faut comprendre que tout ce qui est dit, assumé ouvertement et surtout envoyé, reçu et gardé comme medias (photos, vidéos, audio) peut constituer des preuves additionnelles pour incriminer le plus innocent des coupables.

Burundi : les gays et compagnie, au bûcher, dites-vous ?

 Au Cameroun, En mars 2011, l’étudiant en philosophie Roger Jean-Claude Mbédé  avait été interpellé après avoir envoyé un SMS à un autre homme. “Je suis amoureux de toi”, écrivait-il tout simplement. Arrêté sans mandat d’arrêt et sans infraction caractérisée, les gendarmes l’avaient roué de coups lors de son audition, selon le témoignage qu’il avait confié à Human Rights Watch. “Celui qui m’interrogeait […] a appelé son collègue pour me passer à tabac. Il m’a donné un premier coup dans la bouche. Puis un autre, et encore un autre, et il a déchiré ma chemise. Ils ont jeté mes chaussures. Lorsque j’ai été amené [au bureau du procureur], j’étais pieds nus, comme un bandit… Roger Jean-Claude Mbédé décéda le 10 Janvier 2014  (Lire toute la conversation avec son avocate ici)

 

 

Le chantage n’est pas né d’aujourd’hui !

Cette action d’extorquer à quelqu’un de l’argent ou un avantage sous la menace d’une révélation compromettante n’est pas un nouveau jeu. Pour les personnes LGBT, c’est encore pire car l’emprisonnement reste un fait malheureux qui peut arriver si accuser d’homosexualité. Le coming-out, non sollicité, reste aussi une menace qui peut bouleverser la vie d’une personne à jamais. ‘’ Des personnes de mauvaises fois peuvent prendre avantage de la vulnérabilité à la loi pour faire le pire des choses même au nom de l’amour […] le chantage est un comportement aussi vieux que le temps […]  Il est important que les personnes LGBT sachent que, même au sein de leurs cercles sociaux, des personnes malintentionnées existent. ‘’ Commente Sonia*, activiste lesbienne

Quelques solutions pour faire face aux chantages en ligne et physique !

  1. Personnellement, connaitre et comprendre les dynamiques qui influent sur votre vie sociale, en tant que LGBT et vous comportez en conséquence. En tant qu’une personne évoluant dans un cadre social, qu’importe votre orientation sexuelle et/ou identité de genre, criminalisée ou légale ; Il est important de connaitre et comprendre les dynamiques qui influent sur votre vie (la famille, le travail, le relationnel, objectifs du future, etc.). Ces dynamiques peuvent constituer des points de force pour votre développement mais aussi une exposition à divers danger (Emprisonnement, chantages, escroqueries, etc.). Ainsi, il est nécessaire à considérer les informations que vous partagez avec votre entourage et SURTOUT les gens que vous rencontrez. Souvent, les informations et les comportements que vous manifestez peuvent être la source première de ces dangers.

 

  1. Le coming-Out est votre ami ! Loin du ‘’Vivre caché pour vivre heureux’’, pour les LGBT, les chantages sont parfois basées sur des assomptions qu’ils/elles ont ‘’Un lourd secret’’ à cacher. Donc, pour certaines personnes, c’est une bonne opportunité pour leur faire la misère. Or l’envers du décor existe car il est possible de vivre sa vie/sa sexualité sans rien cacher et sans pour autant se mettre en danger. C’est souvent une question d’être authentique avec soi-même mais aussi avec son entourage. Néanmoins, dans les conditions locales où l’homophobie est prédominante, il est important de savoir que faire le coming-out peut entrainer un ensemble de situations néfastes comme le rejet par sa propre famille, ses amis mais aussi le licenciement au travail voir même de la violence physique et psychologique. Il est aussi nécessaire de comprendre que le coming-out reste une décision personnelle et que pour mieux le faire, ça demande souvent une bonne stabilité émotionnelle (savoir gérer ses propres émotions/sentiments, anticiper et gérer celles des autres). Il est nécessaire de réfléchir deux fois avant de le faire !

 

  1. Face à une situation de chantage, parlez de votre problème à un proche en qui vous avez confiance. En effet, il est plus intéressant d’avoir une personne tierce qui peut vous aider à gérer la situation pendant que vous travaillez à gérer vos ressentiments. Envoyez-nous un message si vous avez un besoin de partager
Représentée sur photo de famille; la bisexualité reste, malheureusement, cette autre personne dont on veut ignorer la présence et qu’on juge « indécise » puisque refusant de catégoriser son amour.Si la thématique de « Bisexualité » connait depuis toujours des expressions diverses et que certains sont Oui pour une visibilité Bi ; Au Burundi comme ailleurs dans les sociétés africaines, elle reste un tabou qui, au même titre que les autres nuances de la sexualité non-hétérosexuelle, a du mal à être comprise. L’hétéronormativité et la sexualisation des questions LGBTIQ sont à blâmer mais il n’est pas moins important de mentionner que la biphobie existante au sein même de la communauté LGBTIQ, contribue à rendre les situations de vie et d’évolutions des personnes bisexuelles, plus dur qu’elles ne le sont déjà.

Un choix à faire absolument ?
Le genre humain, dans tout son état d’être, aime faire les choix (et en imposer aux autres). Ainsi, il n’est pas rare de voir des opinions les plus infondées, affluées dans la vie sexuelle de certain(e)s et prouvant combien l’intolérance, encore, reste un pas à dépasser. « Souvent, je me sens incomprise, mes amies lesbiennes pensent que je ne suis qu’une hétérosexuelle en recherche de sensations et mes amies hétéros pensent que je suis une lesbienne qui n’as pas le courage de s’assumer…Il est assez important pour moi de savoir et de me rappeler constamment qui je suis, mais le plus dur reste aussi de le faire comprendre aux autres» Esther*, femme bisexuelle mariée à un homme.

Dans cette sorte de bataille ou les uns veulent se faire comprendre et les autres semblent imposer des ordres de vies qui ne conviennent pas à tous ; Il est important de mentionner que le manque d’informations sur la diversité sexuelle influe grandement sur l’acceptation et le développement personnel des personnes bisexuelles. « Quand nous nous exprimons, nous avons peur que nos mots ne soient pas entendus, qu’ils ne soient pas les bienvenus. Mais lorsque nous gardons le silence, nous avons toujours peur. Dans ce cas, autant s’exprimer. » Audre Lorde

PSYCHOLOGIE : Sommes-nous tous bisexuels ?

Une vulnérabilité invisible
En générale, les conditions de vie des minorités sexuelles au Burundi restent avec de nombreux défis et quand on en vient à ceux qui sont discriminés dans un groupe déjà discriminer, l’ampleur de la question reste grande. Pour n’en citer que très peu, le manque d’accès aux informations sur cette orientation sexuelle ne permet pas toujours d’aider « ces autres qui ne sont ni hétérosexuelles ni homosexuelles » à comprendre leurs conditions. Le tabou et les mythes tournants autour de la bisexualité nuisent fortement au mentale de ces personnes et les poussent à évoluer dans le silence (voir l’oubli) de ce qu’ils sont. Quant aux risques de contamination par certaines maladies, Ils restent non seulement réels mais à double cause. « J’ai contracté une MST, dans une relation sexuelle non protégée avec une fille, après avoir rompu avec mon copain… J’ai eu du mal à l’expliquer à mon docteur, qui depuis longtemps, me pensaient être homosexuel. » Désiré*, jeune homme bisexuel en couple avec une femme.

Du coup, on penserait qu’il n’y a aucun lien. Et pourtant si, puisque des cas ont déjà démontré qu’il y a une relation de cause à effet entre le fait d’être homosexuel au Burundi, et la situation politique que vit le Burundi actuellement.

Deux jeunes hommes assistants à une représentation théâtrale sur la “santé sexuelle et reproductive” dans la région rurale de la commune MABAYI en province Cibitoke, Burundi, février 2015. (Photographie: Source privée.)

Au moment où l’homosexualité est incriminée au Burundi depuis 2009, la communauté LGBT au pays reste terrée dans sa solitude, et a peur de se manifester à cause des discriminations et stigmatisations. Du coup, le sujet est rendu davantage tabou par un manque d’ouverture sur des discussions et des débats « constructifs » par rapport au respect et à la tolérance des personnes LGBT dans la société burundaise. Pour s’en rendre compte par exemple, il suffit de jeter un coup d’œil sur les commentaires de l’article Homosexualité : un mal venu d’ailleurs ? de Jean Marie Ngendahayo, paru sur le site du Groupe de presse Iwacu, le 9 mars 2014 ou de se demander les motivations de ce poste avec un titre aussi évocateur sur les opinions de son auteur, par rapport à l’homosexualité.

La crise politique actuelle influe sur les droits des LGBT

« Avant la crise, on ne connaissait pas beaucoup de cas de violations des droits LGBT », se désole Lamec Niyongabo* , un gay qui cite deux cas de violence envers ses deux amies Transgenres ( De la haine envers les minorités sexuelles…Toujours aussi gratuitement et une transphobie aux allures inquiétantes.) observés pendant la période de contestation de la 3ème candidature du président Pierre Nkurunziza. Deux Trans qui se seraient fait violenter par des inconnus à la sortie d’une même boîte de nuit à des jours différents. Un autre cas est celui d’un jeune gay de 19 ans qui s’est fait violer sexuellement jusqu’à perdre beaucoup de sang. Pour Lamec Niyangabo*, tous ces agresseurs profitent de la situation actuelle du pays pour commettre ces forfaits, parce qu’ils pensent peut-être qu’ils ne seront pas poursuivis, « du moment qu’au Burundi, les LGBT sont vus d’un mauvais œil en général. ». Lamec Niyongabo* a lui-même été sollicité pour faire la ronde de nuit, mais « ne se sentant pas prêt à l e faire suite à ma situation, j’ai prétexté que je ne pouvais pas faire une ronde de nuit sans être armé, et on n’a pas insisté là-dessus parce qu’on voyait aussi que je n’étais pas du genre à faire une surveillance de nuit. » En réalité, comme il le dit lui-même, c’était un prétexte. « J’avais tout simplement peur d’y aller, parce que j’étais conscient que suite à ma condition de gay, je n’étais pas bien vu de tout le monde, et que donc, toute forme de violence pouvait m’arriver. » C’est ainsi donc que la condition LGBT peut restreindre la possibilité de participer à ce qui se passe dans sa société, par peur de mauvaises conséquences qui peuvent arriver.

Le droit de vote des LGBT mis en cause

Ce n’est pas seulement par peur de ce qui peut leur arriver que les LGBT ne s’engagent pas dans leur société, c’est aussi par manque d’intérêt. Ainsi, comme nous le rapporte Célia Kayonde dans son article Burundi : La communauté homosexuelle ne votera peut-être pas !, sur une cinquantaine de jeunes LGBT interrogés, deux seulement étaient prêts à aller voter. Motif : «Pourquoi je perdrai mon temps à aller donner ma voix pour des hommes qui ont adopté une loi sur la pénalisation de ce que je suis?», rapporte Célia, citant un jeune homme interrogé. Selon l’auteure de l’article, « les homosexuels, eux, ne savent même pas pour qui ils voteraient si jamais ils le faisaient puisqu’aucun candidat qu’il soit libre ou engagé dans un certain parti politique, aucun n’a engagé le sentiment de défendre leurs droits. » Bémol : une jeune lesbienne, elle, pense que « si les jeunes comme elle continuent à penser que ça ne sert à rien de participer aux élections parce que l’on est discriminé, ils seront toujours oubliés et persécutés, voter serait une façon de créer un changement. »

Alors que l’article 20 de la Constitution du Burundi stipule très bien que « tous les citoyens ont des droits et des obligations », il est remarquable que certains des citoyens restent non convaincus de leurs devoirs civiques. Ceci à cause des situations d’injustice auxquelles ils font face souvent, des situations prenant force dans des législations mises en place par leur propre Etat et en summum de leurs difficultés de vie, nombreux d’entre eux font encore face à des affirmations d’inexistence de « ce genres de personnes » dans la société locale. Si le pas à franchir pour beaucoup d’entre eux reste grand et que certains de leurs revendications premières ne s’apparentent en rien au mariage ni à l’adoption mais plutôt le respect, la tolérance, la protection et le droit à la vie privée, une mention finale à porter à cet article va dans le sens de chacun à prendre la responsabilité pour promouvoir les droits humains, l’accès aux opportunités de vie en égalitaires et le développement d’ensemble avec sécurité et protection.

*Pour des raisons de sécurité et d’anonymat le nom de la personne a été changé.

Lire aussi, BURUNDI: l’Etau se resserre autour des homosexuels?

 

L’histoire de cette transgenre battue dans une boite de nuit de Bujumbura (allant jusqu’à prendre même des allures d’une course poursuite, digne d’une série policière), a choqué beaucoup de personnes LGBT dans l’entourage de la victime. Par la violence qui a caractérisé la scène, cette histoire reste une des preuves des situations difficiles auxquelles sont exposées, quotidiennement, les personnes LGBT au Burundi.

Audrey Mbugua, Transgenre Kenyanne, a été impliqué dans divers actions judiciaires pour les droits des personnes transgenres dans son pays. (Photographie: Reuters)

Une autre agression, une autre Trans…au même endroit.

Bujumbura, 17 juillet 2015 à 4h du matin, bonne ambiance dans ce bar du centre-ville. Elise*, transgenre de 31 ans prend du bon temps avec des amis. Soudain, un jeune homme survient dans le groupe l’accusant, à voix haute, d’être homosexuel ; la victime de nature assez féminine, ne nie rien: « Je lui ai alors répondu qu’il n’y avait rien de nouveau dans ce qu’il venait de dire, que tout le monde le savait.». Le jeune homme, prenant en mal sa colère, lui donne alors un coup de point sur le bras gauche. « Je l’ai ensuite pris par le coup et la bagarre a éclaté, mais après un court instant ses amis se sont mis entre nous et en nous débattant chacun de son coté, mon bras a heurté un verre cassé qui m’a blessé sur le bras droit. J’ai perdu beaucoup de sang et mes amis m’ont amené à l’hôpital où j’ai été recousue. » Ce cas est une des mauvaises expériences qui arrivent à être connues, uniquement, parce que la personne ayant contacté ses amis activistes pour savoir comment porter plainte pour « homophobie » et « coups et blessures ». Il n’a pas été facile pour elle de le faire, à cause de la difficulté d’accès à des services « judiciaires friendly » capables de comprendre la requête, avant tout comme une violation des droits d’autrui sans passer catégoriquement à juger qui porte plainte. « C’est en effet difficile avec “sa présentation”, de porter plainte et de s’en sortir ainsi, sans être accusée d’autres choses », commente Hélène* une de ses amies.

La question d’incompréhension et d’intolérance envers les personnes Transgenres reste une réalité que beaucoup d’entre elles font face, que ce soit en dehors et au sein de la communauté LGBT, souvent par un manque d’informations claires sur la transsexualité, un leadership avec un niveau assez bas par rapport aux autres catégories de la communauté LGBT, et des services communautaires/sanitaires qui vont toujours dans des sens cadrés « Gays et Lesbiennes ». L’enjeu reste de taille pour ces personnes d’où l’importance de garder en rappel leurs conditions de vie et contribuer à améliorer leur vie, dans les sociétés locales. *Pour des raisons d’anonymat et de sécurité, les noms ont été changés.

Lire l’histoire A woman trapped into a man’s body.(En anglais)

Lire Le transexualisme expliqué par un psy.

Comprendre l’enfant transgenre.

Regarder Uganda Transgender girl fight for her right to love (Webserie en anglais).

11 Juillet 2015_Célébrée chaque année depuis 1989, cette journée est placée en 2015 sous le thème : « Les populations vulnérables dans les situations d’urgence ».La thématique des populations est un sujet en rapport avec nombreux des thématiques d’intérêt politique, social, culturel et humanitaire. C’est une source riche d’informations de tous genres sur les conditions de vie, les progrès réalisés, mais aussi les leçons à apprendre sur les divers domaines de la vie humaine afin de continuer à promouvoir le développement durable pour toutes les populations du monde.

Si l’expression même « Populations du monde » sous-entend un certain sens de globalité, d’unicité, d’actions d’ensemble ; il est cependant étonnant et très déplorable de constater comment certaines catégories de ces populations restent traitées en citoyens de seconde zone, par leurs propres entourages et malheureusement parfois, par leurs propres gouvernements. Ces populations marginalisées pour tout et n’importe quelle raison, évoluent « en pourtour » des avantages et des occasions de développement dont bénéficient les autres, souvent sans moyens tangibles d’y accéder, et dans le cas où ils en ont accès, ils font face à d’autres défis non moins négligeables, ne favorisant pas leur développement au même titre que le reste des populations.

La Journée mondiale de la population a pour objectif d’attirer l’attention sur l’urgence et l’importance des questions des populations et entre surtout dans un cadre global de contribution, à travers le monde, à la réalisation des objectifs de la Charte des Nations Unies ainsi qu’à la sensibilisation du public sur ces sujets. Dans le secteur des droits humains, elle reste aujourd’hui un des bons moyens pour partager sur l’inaliénabilité, l’indivisibilité et l’universalité des droits garantis à toutes les populations sans exception aucune.

Les conditions de vie des minorités sexuelles en 2015 au Burundi, restent insatisfaisantes et nombreux sont les défis quotidiens auxquels font face cette catégorie de la population vulnérable au Burundi : accès aux services juridiques et sanitaires adéquats, protection contre les actions de violences physiques et psychologiques, droits à l’information sur la santé sexuelle et reproductive, l’égalité des genres, les droits sociaux, etc.

Le gouvernement burundais doit prendre conscience que la présence des minorités sexuelles dans sa population est un fait indéniable, mais surtout avoir le courage d’affronter les besoins auxquels font face ses populations, pour pouvoir mettre en œuvre des politiques qui répondent aux besoins présents et futurs, dans un sens global du développement durable de toutes ses populations.

Les droits humains restent un point clé vers le développement durable des populations du monde. Ainsi, considérer et contribuer aux cadres d’évolution des populations vulnérables dans leurs situations quotidiennes aussi reste une nécessité pour tous.