Journée Mondiale de la Visibilité Bisexuelle: La bisexualité existe, Ensemble défendons-la

Représentée sur photo de famille; la bisexualité reste, malheureusement, cette autre personne dont on veut ignorer la présence et qu’on juge « indécise » puisque refusant de catégoriser son amour.Si la thématique de « Bisexualité » connait depuis toujours des expressions diverses et que certains sont Oui pour une visibilité Bi ; Au Burundi comme ailleurs dans les sociétés africaines, elle reste un tabou qui, au même titre que les autres nuances de la sexualité non-hétérosexuelle, a du mal à être comprise. L’hétéronormativité et la sexualisation des questions LGBTIQ sont à blâmer mais il n’est pas moins important de mentionner que la biphobie existante au sein même de la communauté LGBTIQ, contribue à rendre les situations de vie et d’évolutions des personnes bisexuelles, plus dur qu’elles ne le sont déjà.

Un choix à faire absolument ?
Le genre humain, dans tout son état d’être, aime faire les choix (et en imposer aux autres). Ainsi, il n’est pas rare de voir des opinions les plus infondées, affluées dans la vie sexuelle de certain(e)s et prouvant combien l’intolérance, encore, reste un pas à dépasser. « Souvent, je me sens incomprise, mes amies lesbiennes pensent que je ne suis qu’une hétérosexuelle en recherche de sensations et mes amies hétéros pensent que je suis une lesbienne qui n’as pas le courage de s’assumer…Il est assez important pour moi de savoir et de me rappeler constamment qui je suis, mais le plus dur reste aussi de le faire comprendre aux autres» Esther*, femme bisexuelle mariée à un homme.

Dans cette sorte de bataille ou les uns veulent se faire comprendre et les autres semblent imposer des ordres de vies qui ne conviennent pas à tous ; Il est important de mentionner que le manque d’informations sur la diversité sexuelle influe grandement sur l’acceptation et le développement personnel des personnes bisexuelles. « Quand nous nous exprimons, nous avons peur que nos mots ne soient pas entendus, qu’ils ne soient pas les bienvenus. Mais lorsque nous gardons le silence, nous avons toujours peur. Dans ce cas, autant s’exprimer. » Audre Lorde

PSYCHOLOGIE : Sommes-nous tous bisexuels ?

Une vulnérabilité invisible
En générale, les conditions de vie des minorités sexuelles au Burundi restent avec de nombreux défis et quand on en vient à ceux qui sont discriminés dans un groupe déjà discriminer, l’ampleur de la question reste grande. Pour n’en citer que très peu, le manque d’accès aux informations sur cette orientation sexuelle ne permet pas toujours d’aider « ces autres qui ne sont ni hétérosexuelles ni homosexuelles » à comprendre leurs conditions. Le tabou et les mythes tournants autour de la bisexualité nuisent fortement au mentale de ces personnes et les poussent à évoluer dans le silence (voir l’oubli) de ce qu’ils sont. Quant aux risques de contamination par certaines maladies, Ils restent non seulement réels mais à double cause. « J’ai contracté une MST, dans une relation sexuelle non protégée avec une fille, après avoir rompu avec mon copain… J’ai eu du mal à l’expliquer à mon docteur, qui depuis longtemps, me pensaient être homosexuel. » Désiré*, jeune homme bisexuel en couple avec une femme.

Du coup, on penserait qu’il n’y a aucun lien. Et pourtant si, puisque des cas ont déjà démontré qu’il y a une relation de cause à effet entre le fait d’être homosexuel au Burundi, et la situation politique que vit le Burundi actuellement.

Deux jeunes hommes assistants à une représentation théâtrale sur la “santé sexuelle et reproductive” dans la région rurale de la commune MABAYI en province Cibitoke, Burundi, février 2015. (Photographie: Source privée.)

Au moment où l’homosexualité est incriminée au Burundi depuis 2009, la communauté LGBT au pays reste terrée dans sa solitude, et a peur de se manifester à cause des discriminations et stigmatisations. Du coup, le sujet est rendu davantage tabou par un manque d’ouverture sur des discussions et des débats « constructifs » par rapport au respect et à la tolérance des personnes LGBT dans la société burundaise. Pour s’en rendre compte par exemple, il suffit de jeter un coup d’œil sur les commentaires de l’article Homosexualité : un mal venu d’ailleurs ? de Jean Marie Ngendahayo, paru sur le site du Groupe de presse Iwacu, le 9 mars 2014 ou de se demander les motivations de ce poste avec un titre aussi évocateur sur les opinions de son auteur, par rapport à l’homosexualité.

La crise politique actuelle influe sur les droits des LGBT

« Avant la crise, on ne connaissait pas beaucoup de cas de violations des droits LGBT », se désole Lamec Niyongabo* , un gay qui cite deux cas de violence envers ses deux amies Transgenres ( De la haine envers les minorités sexuelles…Toujours aussi gratuitement et une transphobie aux allures inquiétantes.) observés pendant la période de contestation de la 3ème candidature du président Pierre Nkurunziza. Deux Trans qui se seraient fait violenter par des inconnus à la sortie d’une même boîte de nuit à des jours différents. Un autre cas est celui d’un jeune gay de 19 ans qui s’est fait violer sexuellement jusqu’à perdre beaucoup de sang. Pour Lamec Niyangabo*, tous ces agresseurs profitent de la situation actuelle du pays pour commettre ces forfaits, parce qu’ils pensent peut-être qu’ils ne seront pas poursuivis, « du moment qu’au Burundi, les LGBT sont vus d’un mauvais œil en général. ». Lamec Niyongabo* a lui-même été sollicité pour faire la ronde de nuit, mais « ne se sentant pas prêt à l e faire suite à ma situation, j’ai prétexté que je ne pouvais pas faire une ronde de nuit sans être armé, et on n’a pas insisté là-dessus parce qu’on voyait aussi que je n’étais pas du genre à faire une surveillance de nuit. » En réalité, comme il le dit lui-même, c’était un prétexte. « J’avais tout simplement peur d’y aller, parce que j’étais conscient que suite à ma condition de gay, je n’étais pas bien vu de tout le monde, et que donc, toute forme de violence pouvait m’arriver. » C’est ainsi donc que la condition LGBT peut restreindre la possibilité de participer à ce qui se passe dans sa société, par peur de mauvaises conséquences qui peuvent arriver.

Le droit de vote des LGBT mis en cause

Ce n’est pas seulement par peur de ce qui peut leur arriver que les LGBT ne s’engagent pas dans leur société, c’est aussi par manque d’intérêt. Ainsi, comme nous le rapporte Célia Kayonde dans son article Burundi : La communauté homosexuelle ne votera peut-être pas !, sur une cinquantaine de jeunes LGBT interrogés, deux seulement étaient prêts à aller voter. Motif : «Pourquoi je perdrai mon temps à aller donner ma voix pour des hommes qui ont adopté une loi sur la pénalisation de ce que je suis?», rapporte Célia, citant un jeune homme interrogé. Selon l’auteure de l’article, « les homosexuels, eux, ne savent même pas pour qui ils voteraient si jamais ils le faisaient puisqu’aucun candidat qu’il soit libre ou engagé dans un certain parti politique, aucun n’a engagé le sentiment de défendre leurs droits. » Bémol : une jeune lesbienne, elle, pense que « si les jeunes comme elle continuent à penser que ça ne sert à rien de participer aux élections parce que l’on est discriminé, ils seront toujours oubliés et persécutés, voter serait une façon de créer un changement. »

Alors que l’article 20 de la Constitution du Burundi stipule très bien que « tous les citoyens ont des droits et des obligations », il est remarquable que certains des citoyens restent non convaincus de leurs devoirs civiques. Ceci à cause des situations d’injustice auxquelles ils font face souvent, des situations prenant force dans des législations mises en place par leur propre Etat et en summum de leurs difficultés de vie, nombreux d’entre eux font encore face à des affirmations d’inexistence de « ce genres de personnes » dans la société locale. Si le pas à franchir pour beaucoup d’entre eux reste grand et que certains de leurs revendications premières ne s’apparentent en rien au mariage ni à l’adoption mais plutôt le respect, la tolérance, la protection et le droit à la vie privée, une mention finale à porter à cet article va dans le sens de chacun à prendre la responsabilité pour promouvoir les droits humains, l’accès aux opportunités de vie en égalitaires et le développement d’ensemble avec sécurité et protection.

*Pour des raisons de sécurité et d’anonymat le nom de la personne a été changé.

Lire aussi, BURUNDI: l’Etau se resserre autour des homosexuels?

 

L’histoire de cette transgenre battue dans une boite de nuit de Bujumbura (allant jusqu’à prendre même des allures d’une course poursuite, digne d’une série policière), a choqué beaucoup de personnes LGBT dans l’entourage de la victime. Par la violence qui a caractérisé la scène, cette histoire reste une des preuves des situations difficiles auxquelles sont exposées, quotidiennement, les personnes LGBT au Burundi.

Audrey Mbugua, Transgenre Kenyanne, a été impliqué dans divers actions judiciaires pour les droits des personnes transgenres dans son pays. (Photographie: Reuters)

Une autre agression, une autre Trans…au même endroit.

Bujumbura, 17 juillet 2015 à 4h du matin, bonne ambiance dans ce bar du centre-ville. Elise*, transgenre de 31 ans prend du bon temps avec des amis. Soudain, un jeune homme survient dans le groupe l’accusant, à voix haute, d’être homosexuel ; la victime de nature assez féminine, ne nie rien: « Je lui ai alors répondu qu’il n’y avait rien de nouveau dans ce qu’il venait de dire, que tout le monde le savait.». Le jeune homme, prenant en mal sa colère, lui donne alors un coup de point sur le bras gauche. « Je l’ai ensuite pris par le coup et la bagarre a éclaté, mais après un court instant ses amis se sont mis entre nous et en nous débattant chacun de son coté, mon bras a heurté un verre cassé qui m’a blessé sur le bras droit. J’ai perdu beaucoup de sang et mes amis m’ont amené à l’hôpital où j’ai été recousue. » Ce cas est une des mauvaises expériences qui arrivent à être connues, uniquement, parce que la personne ayant contacté ses amis activistes pour savoir comment porter plainte pour « homophobie » et « coups et blessures ». Il n’a pas été facile pour elle de le faire, à cause de la difficulté d’accès à des services « judiciaires friendly » capables de comprendre la requête, avant tout comme une violation des droits d’autrui sans passer catégoriquement à juger qui porte plainte. « C’est en effet difficile avec “sa présentation”, de porter plainte et de s’en sortir ainsi, sans être accusée d’autres choses », commente Hélène* une de ses amies.

La question d’incompréhension et d’intolérance envers les personnes Transgenres reste une réalité que beaucoup d’entre elles font face, que ce soit en dehors et au sein de la communauté LGBT, souvent par un manque d’informations claires sur la transsexualité, un leadership avec un niveau assez bas par rapport aux autres catégories de la communauté LGBT, et des services communautaires/sanitaires qui vont toujours dans des sens cadrés « Gays et Lesbiennes ». L’enjeu reste de taille pour ces personnes d’où l’importance de garder en rappel leurs conditions de vie et contribuer à améliorer leur vie, dans les sociétés locales. *Pour des raisons d’anonymat et de sécurité, les noms ont été changés.

Lire l’histoire A woman trapped into a man’s body.(En anglais)

Lire Le transexualisme expliqué par un psy.

Comprendre l’enfant transgenre.

Regarder Uganda Transgender girl fight for her right to love (Webserie en anglais).

11 Juillet 2015_Célébrée chaque année depuis 1989, cette journée est placée en 2015 sous le thème : « Les populations vulnérables dans les situations d’urgence ».La thématique des populations est un sujet en rapport avec nombreux des thématiques d’intérêt politique, social, culturel et humanitaire. C’est une source riche d’informations de tous genres sur les conditions de vie, les progrès réalisés, mais aussi les leçons à apprendre sur les divers domaines de la vie humaine afin de continuer à promouvoir le développement durable pour toutes les populations du monde.

Si l’expression même « Populations du monde » sous-entend un certain sens de globalité, d’unicité, d’actions d’ensemble ; il est cependant étonnant et très déplorable de constater comment certaines catégories de ces populations restent traitées en citoyens de seconde zone, par leurs propres entourages et malheureusement parfois, par leurs propres gouvernements. Ces populations marginalisées pour tout et n’importe quelle raison, évoluent « en pourtour » des avantages et des occasions de développement dont bénéficient les autres, souvent sans moyens tangibles d’y accéder, et dans le cas où ils en ont accès, ils font face à d’autres défis non moins négligeables, ne favorisant pas leur développement au même titre que le reste des populations.

La Journée mondiale de la population a pour objectif d’attirer l’attention sur l’urgence et l’importance des questions des populations et entre surtout dans un cadre global de contribution, à travers le monde, à la réalisation des objectifs de la Charte des Nations Unies ainsi qu’à la sensibilisation du public sur ces sujets. Dans le secteur des droits humains, elle reste aujourd’hui un des bons moyens pour partager sur l’inaliénabilité, l’indivisibilité et l’universalité des droits garantis à toutes les populations sans exception aucune.

Les conditions de vie des minorités sexuelles en 2015 au Burundi, restent insatisfaisantes et nombreux sont les défis quotidiens auxquels font face cette catégorie de la population vulnérable au Burundi : accès aux services juridiques et sanitaires adéquats, protection contre les actions de violences physiques et psychologiques, droits à l’information sur la santé sexuelle et reproductive, l’égalité des genres, les droits sociaux, etc.

Le gouvernement burundais doit prendre conscience que la présence des minorités sexuelles dans sa population est un fait indéniable, mais surtout avoir le courage d’affronter les besoins auxquels font face ses populations, pour pouvoir mettre en œuvre des politiques qui répondent aux besoins présents et futurs, dans un sens global du développement durable de toutes ses populations.

Les droits humains restent un point clé vers le développement durable des populations du monde. Ainsi, considérer et contribuer aux cadres d’évolution des populations vulnérables dans leurs situations quotidiennes aussi reste une nécessité pour tous.