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La Tolérance est-elle un vice ou une vertue?

Elle est l’une des soudures de la relation humaine dans de nombreuses situations ; au fur du temps, elle a été une valeur ayant fait ses preuves, même quand comprise avec un peu de retard. Si elle touche, engage et souvent sauve des relations, des vies voir même des cadres d’évolutions pacifistes et inclusifs; l’incompréhension (parfois volontaire) des valeurs qu’elle transmet reste un des maux à adresser, surtout au plus jeunes, pour plus de connaissances, de dialogues et d’actions valorisants la présence et l’apport de chacun dans une société.La Tolérance est-elle un vice ou une vertu ?

Dans le monde et au travers de la société locale, Les droits humains traversent la pointe des périodes les plus difficiles ; les incompréhensions d’autrui (et surement de soi) restent descauses de grandes violences et d’actions d’intolérances religieuses, sociales, politiques, etc., qui définissent souvent le cours choses pour ce qu’il n’est pas mais plutôt pour ce qu’on veut qu’il soit. Il reste une nécessité de permettre la promotion des valeurs de tolérance par une implication de tous. La tolérance doit être cette valeur d’être et de vie, pour plus d’un, favorisant plus de compréhensions et d’échanges sur des solutions communes.

ONU : Promouvoir la Tolérance

Une pensée spéciale pour toutes les victimes d’actions meurtrières au travers du Burundi et dans le monde mais surtout pour toutes ces personnes qui s’engagent de près ou de loin pour permettre plus d’états d’être et d’évolution respectant la pluralité de vie et de réflexion de tous ces millions de gens qui méritent vie et développement.

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Une histoire de Tolérance [Vidéo en anglais]

BURUNDI : Face à la violence, un de plus et sûrement pas le dernier.

BURUNDI De la haine envers les minorités sexuelles…toujours aussi gratuitement !

En mars dernier, Stéphane Calmon est parti en mission pour le compte de AIDES dont il était alors vice-président (il est aujourd’hui membre du Bureau du conseil d’administration). Un court périple — avant les émeutes qu’a connues le pays lors d’une campagne présidentielle particulièrement tendue — placé sous le sceau des droits humains et des enjeux de la lutte contre le sida. Récit.

Dans la cour, assis, au Centre Turiho, une des antennes de l’ANSS (Association Nationale de Soutien aux Séropositifs et malades du Sida), j’entends plusieurs transistors faire écho de la voie de Jeanne Gapiya. Des salariés de l’association, des personnes qui y sont accueillies, des militants écoutent l’interview interactive qu’elle accorde, en kirundi (1), à une radio burundaise très écoutée. La présidente de l’ANSS, avec l’énergie que je lui connais, explique son souhait que la question de la lutte contre le sida et son lien avec les droits humains soit un sujet débattu à l’occasion de la future campagne présidentielle, en juin 2015. Des jeunes de l’ANSS sont pendus à leur portable pour tenter de lui poser des questions en direct. Une tactique qu’emploient les militants pour s’assurer que les sujets qu’ils défendent seront bien abordés dans une émission, surtout si elle est grand public et très suivie. Dans le fond, la question que Jeanne entend porter lors de cette campagne — et j’imagine que ce ne sera pas l’unique — est au cœur des préoccupations de l’ANSS. Elle est même un enjeu politique en soi dans un pays où les droits des minorités sont fragiles, où le climat politique et social reste globalement hostile, pour des raisons diverses, aux groupes les plus exposés au risque d’infection par le VIH : les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH ou MSM, Men who have Sex with Men) et les travailleurs et travailleuses du sexe. C’est d’ailleurs un paradoxe de voir que dans ce climat défavorable à ces groupes, ces derniers n’en demeurent pas moins au centre des préoccupations des autorités locales de santé ; du moins sur la question du VIH.

Une attente particulière aux groupes à haut risque

Il faut dire qu’au vu des données officielles, il est justifié d’avoir une politique de prévention, d’accès au dépistage et aux soins qui accorde une attention particulière à ces groupes. C’est ce que défendait, en novembre 2013, Diane Mpinganzima, consultante en sciences sociales, lors de la présentation d’une étude sur les populations à haut risque d’infection au VIH qu’elle avait coordonnée. Réalisée en juin 2013, cette étude expliquait que parmi ces “groupes à haut risque d’infection au VIH”, on trouvait celui des MSM, estimés, au niveau national, à 6 333 personnes, dont 4 657 personnes vivant dans la capitale, Bujumbura ; ce groupe connaissant un taux de prévalence pour le VIH de 4,8 % (le taux de prévalence du VIH dans le pays, toutes populations confondues est de 1 % ; les chiffres (2011) de l’Onusida et de l’OMS parlent d’une prévalence chez les HSH estimée à 2,4 %). Venait aussi le groupe des travailleuses du sexe : 27 657 personnes, dont 7 092 exerçant leur activité à Bujumbura ; le taux de prévalence au VIH avoisinait 22 % (pour l’Onusida et l’OMS, la prévalence dans ce groupe serait de 26,5 %). Curieusement, l’étude mentionne une catégorie de personnes consommatrices de drogues par injection, estimée à 15 personnes ; un chiffre très bas rapporté à la population du pays : 10 400 000 d’habitants en 2014. Enfin, l’enquête avançait un total, pour l’ensemble du pays, de 2 460 sites de loisirs où on trouve également des partenaires sexuels, dont 895 identifiés dans la capitale. Ces chiffres (2) ont d’ailleurs alimenté la réflexion pour un bilan d’étape du Plan stratégique national de lutte contre le sida (2012-2016) et ont servi aux autorités burundaises pour soumettre une nouvelle demande de financement au Fonds mondial de lutte contre le sida… pour trois ans.

L’ANSS n’a évidemment pas attendu cette fameuse étude pour s’intéresser aux MSM. L’association a d’ailleurs eu un rôle précurseur en prenant en compte, non sans difficultés à ses débuts,  les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes dans ses actions de prévention. En 2009, elle se lance dans un projet spécifique : le projet MSM. C’est lui qui est au centre de ma mission. Mais avant d’aller plus loin sur ce projet spécifique, il est important de comprendre ce qu’est l’ANNS et quels sont ses champs d’action.

Une file active de plus de 7 000 personnes

Au niveau de la prise en charge médicale, la file active de l’ANSS pour 2013 comptait 7 382 personnes bénéficiaires, dont 5 471 personnes vivant avec le VIH, parmi lesquelles 4 558 recevaient un traitement anti-VIH. Ces chiffres sont en augmentation. En 2012, la file active était de 7 184 personnes, dont 4 359 bénéficiant d’un traitement. En 2013, 64 personnes suivies par l’association sont décédées des suites du sida. Comme chaque année, il a fallu jongler avec les ruptures de stocks de médicaments comme de réactifs… qui sont apparues dès l’été 2013. Il a fallu jongler aussi avec les financements qui ont manqué et ont affecté des programmes du volet social des actions de l’ANSS. Jongler encore avec la volonté de limiter les transactions en espèces par discipline comptable… ce qui est nécessaire, mais complique les choses dans un pays où les autres modes de paiement sont encore peu développés. Jongler aussi avec les plannings, les calendriers, etc. On ne se rend pas toujours compte de ce que peut proposer une grande association de lutte contre le sida dans un pays en Afrique, des grandes différences de mission qui existent entre les associations du Sud et celles du Nord. L’ANSS a ainsi sept champs d’actions ; certains sont communs aux associations du Nord : la prévention grand public, celle qui est conduite auprès des populations vulnérables, les actions de plaidoyer, la formation… D’autres sont voisins dans l’intitulé, mais ont des contours bien plus larges. Par exemple, l’accompagnement psychosocial proposé par l’ANSS se décline en douze services différents : de l’éducation thérapeutique aux visites à domicile, des activités génératrices de revenus au soutien matériel, des groupes de parole au soutien scolaire, dans la formation et l’apprentissage. D’autres diffèrent notablement comme la prise en charge médicale. Dix services différents sont proposés directement par l’association. A lire les intitulés (prise en charge de la co-infection VIH/tuberculose, consultations gynécologiques, soins à domicile, consultations IST…), on comprend que l’association se double presque d’un hôpital. Au total, l’ANSS, tous domaines confondus, propose quelque 41 services différents… ce qui explique sans doute les 149 pages de son rapport d’activité. Un rapport d’activité qui revient en détail sur le projet MSM, un projet d’envergure lancé en 2009.

MSM : un projet par les pairs éducateurs

Comme tout projet, celui de l’ANSS pour les MSM est parti d’une volonté, celle de Jeanne Gapiya, la présidente de l’association, et de quelques militants dont Georges Kanuma. Un choix raisonné et éthique prenant en compte une réalité : une lutte efficace contre le VIH ne pourra pas se faire si elle laisse de côté un des groupes les plus concernés par l’épidémie. L’ANSS intègre donc dès janvier 2009 ce projet a ses actions. Sidaction apporte un financement, AIDES un appui méthodologique. Le projet reçoit également un soutien de l’Agence française de développement. Son objectif est d’abord de proposer des actions de prévention et de sensibilisation sur le VIH et les IST aux MSM et de proposer, en l’adaptant aux besoins, une prise en charge globale. Ce sont des pairs éducateurs, formés pour cela, qui mettent en œuvre les différentes actions du projet. Terme du jargon associatif, les pairs éducateurs sont des personnes qui appartiennent à un groupe, une communauté ou un milieu et qui sensibilisent d’autres personnes de ce même groupe aux questions de santé, de prévention, de sexualité… Proches des personnes auxquelles ils s’adressent puisqu’ils partagent avec elles les mêmes vécus, ou peuvent avoir été confrontés aux mêmes problèmes, d’où la pertinence de leur approche, les pairs éducateurs sont présents dans de très nombreux projets de lutte contre le VIH/sida. Entre 2009 et 2012, les pairs éducateurs investis dans ce programme réalisent près de 1 800 visites auprès de MSM, 279 d’entre eux participent à des ateliers d’information et de sensibilisation. Près de deux cents MSM se font dépister. Pour 2013, entre les visites à domicile et les personnes rencontrées à l’association, ce sont plus de 600 MSM qui auront été rencontrés. Le projet bénéficie d’ailleurs d’un local spécifique permettant des rendez-vous, un service d’écoute et d’accompagnement des personnes, la distribution gratuite d’outils de prévention (gels et capotes, dépliants et brochures). Les pairs éducateurs sont un peu sur tous les fronts : ils assurent la promotion du dépistage, font des “descentes sur le terrain” — ils sillonnent les treize communes de Bujumbura —, animent des ateliers d’information et de sensibilisation sur le risque accru du VIH et des IST chez les gays, sur les modes de prévention les mieux adaptés à leurs pratiques. Ils organisent aussi des groupes de paroles, font des visites à domicile et à l’hôpital, mettent en place des activités génératrices de revenus pour les MSM ayant des difficultés financières. Ah oui, j’oubliais, ils font aussi du soutien psychologique et social en fonction des besoins individuels des personnes rencontrées.

Homophobie des champs…ou des villes

Gabriel est en charge du projet MSM. Des idées, il n’en manque pas. Il souhaiterait que les pairs éducateurs dont il anime l’équipe puissent proposer des tests rapides d’orientation diagnostique comme les militants de AIDES le font en France ou comme cela existe aussi en Côte d’Ivoire. Au Burundi, des tests rapides existent, mais présenteraient trop de résultats “faux positifs” ; un phénomène qu’on ne constate pas ailleurs. A travers nos échanges, Gabriel et moi avons brassé beaucoup de sujets comme celui du développement du projet MSM hors de la capitale. Actuellement, cette action se déroule uniquement à Bujumbura. L’ANSS envisage sérieusement que son antenne de Makamba, située à trois heures de route, dans une zone pour partie montagneuse, le propose à son tour. La ville n’est pas grande (30 000 habitants environ), située au sud du pays dans la zone frontalière avec la Tanzanie. Elle a surtout l’énorme avantage que deux associations LGBT, dont Muco w’urwaruka (“Jeunes Lumières du Burundi”), y soient présentes. Muco w’urwaruka est particulièrement intéressante puisque l’association, créée en 2010, est le fruit du dialogue entre un militant gay Théophile Habonimana Buriza et des jeunes de la communauté LGBT vivant en zone rurale. L’association travaille sur les droits humains des LGBT, l’épanouissement personnel et la lutte contre le VIH/sida. Le contexte provincial est d’autant plus intéressant que ce n’est pas dans les provinces même les plus reculées du Burundi qu’on déplore le plus de violences homophobes. Selon Gabriel, si les Burundais ne comprennent pas vraiment les homosexuels, il n’y a que peu voire pas d’actes ou propos homophobes en province. C’est l’inverse à Bujumbura où on trouve des discours homophobes dans la population et où de nombreux homosexuels sont chassés de leurs familles, voire battus par des membres de leur famille. Il n’est pas rare non plus que des MSM soient envoyés chez des prêtres afin d’être “rééduqués” ; dans d’autres cas, lorsque les familles financent les études, elles exercent un chantage et coupent les vivres en attendant que les personnes changent.

Des réseaux… hors les murs !

Tout cela a des répercussions sur la vie sociale, affective des MSM. Et le projet de l’ANSS l’a bien intégré. L’équipe de pairs éducateurs doit faire avec des éléments qui sont connus depuis longtemps et qui ne sont d’ailleurs pas spécifiques au Burundi. Par exemple, les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes ne se reconnaissent pas forcément comme gay. Des gays ne souhaitent plus vivre cachés et se rapprochent d’associations identitaires. Des hommes mariés couchent avec des mecs sans que cela semble poser de problèmes à leurs épouses, dès lors que les couples ont des enfants, une vie de famille établie et que les hommes garantissent financièrement les moyens de cette vie de famille. L’homosexualité est vécue de façon beaucoup plus cachée dans les quartiers huppés. Gabriel explique d’ailleurs qu’il est plus facile de sensibiliser dans les quartiers populaires que dans les quartiers riches. Si le rapport sur les groupes à haut risque de Diane Mpinganzima expliquait que les lieux de loisirs avec possibilités de rencontres de partenaires sexuels étaient nombreux dans la capitale (près de 900 !), il n’en reste pas moins qu’il n’existe pas de lieux identitaires (un café gay par exemple). Les pairs éducateurs du projet MSM connaissent les personnes et les approchent grâce au bouche à oreille. Ils font jouer à plein leurs réseaux personnels, des réseaux qui se croisent. Bien entendu, il arrive que des gays les approchent car ils savent qu’ils pourront avoir des capotes et du gel auprès d’eux. La réussite de ce travail passe par les actions hors les murs. Il faut sortir du site, aller à la rencontre des personnes où elles vivent, ce que font les pairs éducateurs qui sillonnent les treize communes de la capitale.

Un contexte bien complexe

Présenté ainsi, on pourrait croire que le travail n’est pas si compliqué que cela. Dans les faits, comme me l’expose Gabriel, ce n’est pas aussi simple. Prenons trois exemples qui montrent que le contexte est décidément bien complexe. Au Burundi, le Conseil national de lutte contre le sida (CNLS), la structure qui coordonne le Plan national de lutte contre le VIH et les IST, fournit, en grande quantité, des dosettes de gel siglées du logo de la CNLS. Les militants utilisent ces dosettes car si l’un d’eux ou si un travailleur du sexe est arrêté avec une dosette de gel non ciglée sur lui, la police va présumer qu’il est homosexuel ou qu’il a une attitude prosélyte, ce que la loi interdit. Autrement dit, ces dosettes de gel marquées d’un logo officiel protègent les acteurs de la prévention et les personnes utilisatrices.

Deuxième exemple : lors d’une de ses interventions, un pair éducateur fait la rencontre d’un jeune gay mineur. Il fait comme il en a l’habitude une sensibilisation aux questions de VIH et d’IST et remet au jeune gay du matériel de prévention. Ses parents ont, par la suite, porté plainte contre lui pour incitation à l’homosexualité. L’association va accompagner et soutenir son militant au procès… car procès il devrait y avoir. Qu’aurait-il fallu faire ? Pour Gabriel, pas de tergiversations : “Face au risque VIH, quelle que soit la personne, je lui donne les outils pour éviter de se contaminer”.

Dernier exemple. En 2014, plusieurs structures ont mis en place, elles aussi, des pairs éducateurs, souvent avec des moyens financiers supérieurs à ceux de l’ANSS. Une des conséquences a été le départ de pairs éducateurs investis à l’ANSS vers d’autres structures. Pour l’association, l’enjeu est d’importance. Elle doit renforcer son équipe de pairs éducateurs et surtout s’assurer que leur bénévolat ne pâtira pas d’éventuelles activités professionnelles. En effet, avec souvent des conditions de vie difficiles, les personnes cherchent, c’est assez logique, des activités leur permettant d’avoir des revenus ; ces activités professionnelles permettent moins d’investissement dans le bénévolat, malgré la volonté d’engagement des personnes. Elle doit aussi développer ses partenariats avec les associations identitaires, améliorer la qualité des actions et avoir un meilleur suivi. Car décidément, rien n’est simple. Les pairs éducateurs de l’ANSS sont des bénévoles. Ils reçoivent des défraiements pour leurs frais de déplacement, mais n’ont aucune rétribution. Au début de la mise en place des pairs éducateurs, l’accent a beaucoup été mis sur le nombre de personnes rencontrées. Il fallait rencontrer du monde, beaucoup de monde sans pour autant que l’action obéisse à la seule politique du chiffre. Reste que des personnes rencontrées ont vite compris que des objectifs quantitatifs avaient été fixés aux pairs éducateurs. Assez rapidement, les rapports entre personnes rencontrées et pairs éducateurs ont tourné au donnant-donnant, les premiers demandant des compensations aux seconds. Du genre, “Je veux bien discuter avec toi… Du coup, tu auras fait une rencontre que tu pourras compter dans tes actions, mais je voudrais en échange un peu d’argent ou que tu paies les boissons lors de notre rencontre”. Pairs éducateurs, équipe du projet MSM et ANSS ont vite compris la dérive possible ainsi que la menace sur la fiabilité des chiffres d’actions, la qualité des entretiens… Des solutions ont été trouvées et s’appliquent : principalement des sessions de formation faites par AIDES ainsi que par l’équipe de coordination du projet MSM. Elles réassurent les pairs éducateurs, permettent d’échanger sur les pratiques, les solutions à mettre en place, etc.

“N’aies pas peur”

Humure est la plus ancienne association LGBTI du Burundi. C’est ce que m’expliquent Alain, directeur exécutif pour Humure du projet Populations des grands lacs, et Uwimana, administrateur de l’association qui s’occupe aussi des questions sociales. L’association a été créée en 2003 avec la mobilisation de huit personnes, à l’initiative de Georges Kanuma, le premier activiste de la cause LGBTI du Burundi. Georges, aujourd’hui décédé, l’a d’ailleurs un temps présidée. Son mot d’ordre est direct : “Le seul moyen de lutter contre le VIH/Sida, c’est dire NON à toutes formes de discrimination !” Elle ne s’est d’ailleurs pas toujours appelée Humure. A sa création, l’association s’appelait Ardho (Association pour le respect des droits des homosexuels). Rapidement, l’association se préoccupe des questions de santé, VIH au premier chef. Le lien se fait naturellement avec l’ANSS. En 2009, Humure met en place un centre d’écoute et d’assistance aux LGBTI, avec le soutien d’une organisation non gouvernementale kenyane (Uhai) et une ONG américaine, le Global Fund for Human Rights. Ce centre a aussi pour mission la distribution de gels et préservatifs aux MSM. Cette même année, l’ANSS, on l’a vu, lance son projet MSM. Ces deux initiatives se font alors que le pays adopte une loi de criminalisation de l’homosexualité (avril 2009). C’est une régression importante en matière de droits humains qui se fait concomitamment à l’abolition de la peine de mort. Cette nouvelle donne concernant l’homosexualité conduit l’Ardho au sigle trop clairement pro-gay à changer de nom au profit d’Humure (qui veut dire : “N’aies pas peur !”). Ce changement de nom s’accompagne d’une évolution pour l’association qui devient une association spécialisée dans les droits humains et pour l’accès aux traitements. Humure n’a pas d’autres solutions et fait un choix stratégique payant puisqu’elle œuvre désormais dans les droits humains sans rien renier des objectifs initiaux de sa création.

Effets de loi

Mes échanges avec Alain et Uwimana confirment ce que Gabriel m’avait dit. Bien sûr la loi de 2009 a ouvert les digues de la discrimination, légitimant les propos homophobes, ouvrant même la voie au racket des homosexuels, conduisant la police à faire du zèle kafkaïen : les fameuses dosettes de gel qui, trouvées sur vous, font de vous un homosexuel ! Bien sûr, la loi a détérioré le contexte social à l’égard des minorités sexuelles : gays, lesbiennes, et surtout trans. Les militants d’Humure m’ont dit que les trans étaient discriminé-e-s y compris par les gays, qu’il leur était impossible d’être visible, que c’était même mieux d’être invisibles pour ne pas être rejeté-e-s du système scolaire y compris supérieur. Un centre, Remuruka (“Sois apaisé”), accueille les trans. On y trouve médecins, psychologues, infirmiers, etc. Des associations LGBTI les aident également.

Paradoxalement, la loi de 2009 a suscité de nombreux débats sur l’homosexualité et provoqué un choc qui a permis le renforcement de la visibilité des LGBTI, d’où les initiatives lancées par les associations, les partenariats mis en œuvre. Même l’Etat a accepté que les personnes LGBTI soient reconnues comme groupe vulnérable et soient prises en compte dans les programmes de lutte contre le VIH/sida et les IST. De fait, outre Humure et l’ANSS, le Conseil national de lutte contre le sida du Burundi, l’organisation américaine Heartland Alliance, Acord (une association de recherche et de développement), la Fondation du Roi Baudouin de Belgique ou encore l’Onusida se sont engagés dans diverses actions pour prendre en compte les MSM dans les politiques de santé du pays.

Aujourd’hui, le partenariat entre Humure et l’ANSS est de plus en plus formalisé. Humure oriente certaines personnes rencontrées via ses pairs éducateurs (une trentaine) vers l’ANSS, dont le centre de prise en charge du VIH s’avère indispensable. D’autres projets sont lancés. Reste aux différents acteurs à trouver leurs marques sur le long terme, à jouer intelligemment dans un contexte complexe, à renforcer des partenariats qui permettent d’agir de façon complémentaire dans l’intérêt des personnes LGBTI et de leur santé.

Comme le dit un célèbre proverbe du pays : “Point d’intelligence qui ne préside l’avenir.”

Remerciements à Jeanne Gapiya, Gabriel, Candice Audemard et Emmanuel Cook

(1) Le kirundi est une des langues bantoues parlées au Burundi. Les langues bantoues, environ 400, sont parlées dans le sud du continent africain
(2) : Cités par l’agence de presse chinoise Xinhua, 8 novembre 2013

Cette article à été originairement,  publier, sur la page : SERONET Info en +

11 Juillet 2015_Célébrée chaque année depuis 1989, cette journée est placée en 2015 sous le thème : « Les populations vulnérables dans les situations d’urgence ».La thématique des populations est un sujet en rapport avec nombreux des thématiques d’intérêt politique, social, culturel et humanitaire. C’est une source riche d’informations de tous genres sur les conditions de vie, les progrès réalisés, mais aussi les leçons à apprendre sur les divers domaines de la vie humaine afin de continuer à promouvoir le développement durable pour toutes les populations du monde.

Si l’expression même « Populations du monde » sous-entend un certain sens de globalité, d’unicité, d’actions d’ensemble ; il est cependant étonnant et très déplorable de constater comment certaines catégories de ces populations restent traitées en citoyens de seconde zone, par leurs propres entourages et malheureusement parfois, par leurs propres gouvernements. Ces populations marginalisées pour tout et n’importe quelle raison, évoluent « en pourtour » des avantages et des occasions de développement dont bénéficient les autres, souvent sans moyens tangibles d’y accéder, et dans le cas où ils en ont accès, ils font face à d’autres défis non moins négligeables, ne favorisant pas leur développement au même titre que le reste des populations.

La Journée mondiale de la population a pour objectif d’attirer l’attention sur l’urgence et l’importance des questions des populations et entre surtout dans un cadre global de contribution, à travers le monde, à la réalisation des objectifs de la Charte des Nations Unies ainsi qu’à la sensibilisation du public sur ces sujets. Dans le secteur des droits humains, elle reste aujourd’hui un des bons moyens pour partager sur l’inaliénabilité, l’indivisibilité et l’universalité des droits garantis à toutes les populations sans exception aucune.

Les conditions de vie des minorités sexuelles en 2015 au Burundi, restent insatisfaisantes et nombreux sont les défis quotidiens auxquels font face cette catégorie de la population vulnérable au Burundi : accès aux services juridiques et sanitaires adéquats, protection contre les actions de violences physiques et psychologiques, droits à l’information sur la santé sexuelle et reproductive, l’égalité des genres, les droits sociaux, etc.

Le gouvernement burundais doit prendre conscience que la présence des minorités sexuelles dans sa population est un fait indéniable, mais surtout avoir le courage d’affronter les besoins auxquels font face ses populations, pour pouvoir mettre en œuvre des politiques qui répondent aux besoins présents et futurs, dans un sens global du développement durable de toutes ses populations.

Les droits humains restent un point clé vers le développement durable des populations du monde. Ainsi, considérer et contribuer aux cadres d’évolution des populations vulnérables dans leurs situations quotidiennes aussi reste une nécessité pour tous.

A l’heure ou la Bisexualité est encore incomprise par certains, empreinte de préjugées et des suspicions de toutes parts, et ce au sein même de la communauté gay, ce qui cimente une BIphobie sans nom, qui ne cesse de créer un climat hostile à cette identité.

Porter un message d’encouragement sur la visibilité des personnes bisexuelles est plus que nécessaire pour dire non aux idées-reçues sur la bisexualité mais surtout aux stigmatisations et autres haines envers les personnes bisexuelles. Ce n’est ni une mode, ni une perdition !

Les bisexuel-le-s méritent dignités et le respect de leur personne et valeurs qu’ils/elles représentent comme tout être humain.

MOLI souhaite à toutes les personnes bisexuelles une bonne soirée de visibilité bisexuelle.
Célébrée le 23 septembre de chaque année, les activités de célébration de cette journée sont programmées pour une date ultérieure…

“Quand on est à l’aise avec sa sexualité, on a pas besoin de critiquer celle des autres” C.R.