Bisexual Flag

Orientation sexuelle, identité et expression de genre au Burundi : Droits, Codes et Lois.

Un livret compréhensif sur les Droits Humains et les dispositions législatives pour les personnes LGBT au Burundi.

La publication de ce livret a pour but d’éduquer la communauté LGBT et les personnes au genre non-conforme au Burundi en mettant à leur disposition une compilation de l’information existante sur les Droits Humains vis-à-vis des dispositions de la Constitution du Burundi, et des Protocoles et instruments relatif au Droit International des Droits de l’Homme ratifiés par le Burundi, pour la promotion des Droits de l’Homme des personnes LGBT au Burundi.

Cette publication est protégée par le droit d’auteur. Par conséquent, toute reproduction, copie ou traduction, sans l’autorisation écrite préalable de MOLI, est interdite.

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Des places publiques de Bujumbura aux grandes rues de Nairobi, en passant par Kampala, Dar-es-Salaam, Kigali etc. Les personnes LGBT sont, vivent et évoluent, dans ces grandes villes Est africaines, dans des quotidiens aussi diversifiés que leurs sexualités et identités de genre. Plus que jamais, IDAHOT est, depuis des années maintenant, devenu une occasion réel pour eux de s’exprimer contre diverses contextes incluant des préjugés, des discriminations et des violences basées sur l’Orientation sexuelle et l’identité de genre. Elle est aussi une occasion de célébration, de leurs présences, leurs évolutions et d’une voix commune leurs être en tant qu’africain et LGBT.

En compilation de diverses expressions, cette campagne partage sur leurs cadres de vie, ramène des réflexions sur ces contextes et pour l’instant d’un seconde célèbre la diversité et l’amour etc


From the public places of Bujumbura to the big streets of Nairobi, via Kampala, Dar-es-Salaam, Kigali etc. LGBT people are, live and evolve in these major East African cities, with dairy living diversified as their own sexualities and gender identities. More than ever, IDAHOT, for years now, became a real opportunity to express themselves against various contexts including prejudice, discrimination and violence based on sexual orientation and gender identity. It is also an occasion of celebration of their own presence, their evolution and a common expression of their voice as an African and LGBT.

In compilation of various expressions, this campaign is sharing about their living environments, brings reflections on these contexts and celebrates diversity and love.

 

“Discrimination” le triste mot qui raconte. De nombreuses personnes en sont sujets pour diverses raisons , tandis que d’autres n’y accordent que peu d’attention. Les conséquences néfastes de ces actes finissent par devenir de malheureuses réalités, pour les victimes et des standards pour les cadres sociaux.

Célébrée, pour la 1ere fois, en 2011, par l’ONUSIDA ; la journée Zéro Discrimination est un appel et un rappel à s’engager contre les diverses formes de discrimination envers les personnes atteintes et/ou vivants avec le VIH/SIDA. 5 ans après, l’idée continue de plaire et elle est, aujourd’hui, un symbole de contribution à un monde meilleur, en s’adressant contre toutes formes de discriminations envers son voisin qu’importe à quoi il ressemble, d’où il vient, qui il aime ou ce qu’est son contexte de vie et d’évolution. Qu’elles soient basées sur l’orientation sexuelle et/ou l’identité de genre, la race ou l’ethnie, la maladie ou le handicap, etc. les discriminations n’ont pas raison d’être.

Engageons et avançons la conversation contre toutes formes de discrimination.

«Des espaces publics de qualité invitent les habitants à communiquer et à collaborer, ainsi qu’à participer à la vie publique. Ces lieux peuvent également offrir des services de base, favoriser les déplacements, développer l’activité économique et accroitre la valeur de l’immobilier tout en générant des recettes pour les municipalités. »

Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU
5 octobre 2015

 

Les sujets relatives à l’orientation sexuelle et à l’identité de Genre(OSIG) restent encore « ces autres maux venues d’ailleurs» dans les sociétés africaines ; nombreux sont ces personnes (s’identifiants et/ou identifiées comme) homosexuelles/ Lesbiennes/ Bisexuelles / Transgenres qui peinent à survivre dans ces sociétés, rencontrant toutes sortes de difficultés auxquelles ils essaient de faire face tant bien que mal. Il est de surcroit de rappeler que si ces personnes existent depuis toujours dans ces sociétés, ils ont la légitimité de vivre, d’évoluer et de se développer au même titre que le reste des populations. Ils méritent un sens de considération, de la part de chacun, puisqu’étant souvent des citoyens accomplis contributeurs aux cultures, à l’économie et au développement de ces sociétés.

Un droit à l’habitat pour tous

Si chacun a le droit de vivre dans des conditions de logement adéquates ; la question des jeunes LGBTIQ chassés, à tort, par leurs propres familles reste timidement évoquer, même au sein de la communauté LGBTIQ. Ils finissent dans des conditions de vie déplorables, à la merci des vulnérabilités de leurs jeunesses et de leurs manques de visions claires de la vie, etc. Mentionner les enjeux relatifs à cette question et trouver des alternatives/solutions adaptées aux contextes locaux d’évolution, restent des options à envisager.

Trouver un logement reste, en soi, un réel défi ; le manque d’accès au logement pour les personnes LGBTIQ est un autre aspect à mentionner, il en sera autant plus difficile quand il s’agit de vivre avec un locataire homophobe, spécifiquement dans le cas des femmes Trans. Faire face aux regards méprisants du voisinage (sans mentionner les insultes), vivre dans un climat d’insécurité constant de «ce qui pourrait arriver », affronter les mauvaises humeurs des locataires qui jugent bon de hausser les prix du loyer, à tort et à travers. Autant de défis qui méritent réflexions aussi.

Des espaces publics pour tous

Les espaces publics sont des lieux agréables et accessibles à tous, sans but lucratif. Ils peuvent prendre des formes diverses comme des parcs, des rues, des trottoirs, des marchés et des terrains de jeux. « La condamnation de l’homosexualité » reste une porte ouverte sur de nombreuses justifications injustes des violations envers les minorités sexuelles. Dans les mentalités de certain(e)s, Il est devenu de commun accord qu’on ne défend pas « ces homosexuelles » et qu’on n’accorde aucun intérêt à « leurs revendications » (qui n’en sont même pas unes mais des droits qu’ils ont, comme tout le monde). Ainsi, cela affecte même ces personnes LGBTIQ, puisque souvent, préférant évoluer dans le silence de ce qu’ils sont, n’engageants aucun effort à contribuer aux changements de ces conditions. Il existe autant d’espaces publics à profiter que d’activités pouvant y être faites, mais surtout plus d’espaces civiques à clamer. Le manque d’engagements à vivre et à contribuer ouvertement à ces espaces, se justifie peut être par la peur des représailles dans laquelle évolue ces personnes ; remettant en cause la légitimité de certaines lois discriminatoires envers certaines catégories des populations d’un pays.

A lire aussi:

ONU : Journée Mondiale de l’Habitat

Recto Verso: Etre gay en Afrique

Le Monde : En afrique,Homosexualité hors la loi

Tourisme: Aller ailleurs pour etre soi-meme?

En mars dernier, Stéphane Calmon est parti en mission pour le compte de AIDES dont il était alors vice-président (il est aujourd’hui membre du Bureau du conseil d’administration). Un court périple — avant les émeutes qu’a connues le pays lors d’une campagne présidentielle particulièrement tendue — placé sous le sceau des droits humains et des enjeux de la lutte contre le sida. Récit.

Dans la cour, assis, au Centre Turiho, une des antennes de l’ANSS (Association Nationale de Soutien aux Séropositifs et malades du Sida), j’entends plusieurs transistors faire écho de la voie de Jeanne Gapiya. Des salariés de l’association, des personnes qui y sont accueillies, des militants écoutent l’interview interactive qu’elle accorde, en kirundi (1), à une radio burundaise très écoutée. La présidente de l’ANSS, avec l’énergie que je lui connais, explique son souhait que la question de la lutte contre le sida et son lien avec les droits humains soit un sujet débattu à l’occasion de la future campagne présidentielle, en juin 2015. Des jeunes de l’ANSS sont pendus à leur portable pour tenter de lui poser des questions en direct. Une tactique qu’emploient les militants pour s’assurer que les sujets qu’ils défendent seront bien abordés dans une émission, surtout si elle est grand public et très suivie. Dans le fond, la question que Jeanne entend porter lors de cette campagne — et j’imagine que ce ne sera pas l’unique — est au cœur des préoccupations de l’ANSS. Elle est même un enjeu politique en soi dans un pays où les droits des minorités sont fragiles, où le climat politique et social reste globalement hostile, pour des raisons diverses, aux groupes les plus exposés au risque d’infection par le VIH : les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH ou MSM, Men who have Sex with Men) et les travailleurs et travailleuses du sexe. C’est d’ailleurs un paradoxe de voir que dans ce climat défavorable à ces groupes, ces derniers n’en demeurent pas moins au centre des préoccupations des autorités locales de santé ; du moins sur la question du VIH.

Une attente particulière aux groupes à haut risque

Il faut dire qu’au vu des données officielles, il est justifié d’avoir une politique de prévention, d’accès au dépistage et aux soins qui accorde une attention particulière à ces groupes. C’est ce que défendait, en novembre 2013, Diane Mpinganzima, consultante en sciences sociales, lors de la présentation d’une étude sur les populations à haut risque d’infection au VIH qu’elle avait coordonnée. Réalisée en juin 2013, cette étude expliquait que parmi ces “groupes à haut risque d’infection au VIH”, on trouvait celui des MSM, estimés, au niveau national, à 6 333 personnes, dont 4 657 personnes vivant dans la capitale, Bujumbura ; ce groupe connaissant un taux de prévalence pour le VIH de 4,8 % (le taux de prévalence du VIH dans le pays, toutes populations confondues est de 1 % ; les chiffres (2011) de l’Onusida et de l’OMS parlent d’une prévalence chez les HSH estimée à 2,4 %). Venait aussi le groupe des travailleuses du sexe : 27 657 personnes, dont 7 092 exerçant leur activité à Bujumbura ; le taux de prévalence au VIH avoisinait 22 % (pour l’Onusida et l’OMS, la prévalence dans ce groupe serait de 26,5 %). Curieusement, l’étude mentionne une catégorie de personnes consommatrices de drogues par injection, estimée à 15 personnes ; un chiffre très bas rapporté à la population du pays : 10 400 000 d’habitants en 2014. Enfin, l’enquête avançait un total, pour l’ensemble du pays, de 2 460 sites de loisirs où on trouve également des partenaires sexuels, dont 895 identifiés dans la capitale. Ces chiffres (2) ont d’ailleurs alimenté la réflexion pour un bilan d’étape du Plan stratégique national de lutte contre le sida (2012-2016) et ont servi aux autorités burundaises pour soumettre une nouvelle demande de financement au Fonds mondial de lutte contre le sida… pour trois ans.

L’ANSS n’a évidemment pas attendu cette fameuse étude pour s’intéresser aux MSM. L’association a d’ailleurs eu un rôle précurseur en prenant en compte, non sans difficultés à ses débuts,  les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes dans ses actions de prévention. En 2009, elle se lance dans un projet spécifique : le projet MSM. C’est lui qui est au centre de ma mission. Mais avant d’aller plus loin sur ce projet spécifique, il est important de comprendre ce qu’est l’ANNS et quels sont ses champs d’action.

Une file active de plus de 7 000 personnes

Au niveau de la prise en charge médicale, la file active de l’ANSS pour 2013 comptait 7 382 personnes bénéficiaires, dont 5 471 personnes vivant avec le VIH, parmi lesquelles 4 558 recevaient un traitement anti-VIH. Ces chiffres sont en augmentation. En 2012, la file active était de 7 184 personnes, dont 4 359 bénéficiant d’un traitement. En 2013, 64 personnes suivies par l’association sont décédées des suites du sida. Comme chaque année, il a fallu jongler avec les ruptures de stocks de médicaments comme de réactifs… qui sont apparues dès l’été 2013. Il a fallu jongler aussi avec les financements qui ont manqué et ont affecté des programmes du volet social des actions de l’ANSS. Jongler encore avec la volonté de limiter les transactions en espèces par discipline comptable… ce qui est nécessaire, mais complique les choses dans un pays où les autres modes de paiement sont encore peu développés. Jongler aussi avec les plannings, les calendriers, etc. On ne se rend pas toujours compte de ce que peut proposer une grande association de lutte contre le sida dans un pays en Afrique, des grandes différences de mission qui existent entre les associations du Sud et celles du Nord. L’ANSS a ainsi sept champs d’actions ; certains sont communs aux associations du Nord : la prévention grand public, celle qui est conduite auprès des populations vulnérables, les actions de plaidoyer, la formation… D’autres sont voisins dans l’intitulé, mais ont des contours bien plus larges. Par exemple, l’accompagnement psychosocial proposé par l’ANSS se décline en douze services différents : de l’éducation thérapeutique aux visites à domicile, des activités génératrices de revenus au soutien matériel, des groupes de parole au soutien scolaire, dans la formation et l’apprentissage. D’autres diffèrent notablement comme la prise en charge médicale. Dix services différents sont proposés directement par l’association. A lire les intitulés (prise en charge de la co-infection VIH/tuberculose, consultations gynécologiques, soins à domicile, consultations IST…), on comprend que l’association se double presque d’un hôpital. Au total, l’ANSS, tous domaines confondus, propose quelque 41 services différents… ce qui explique sans doute les 149 pages de son rapport d’activité. Un rapport d’activité qui revient en détail sur le projet MSM, un projet d’envergure lancé en 2009.

MSM : un projet par les pairs éducateurs

Comme tout projet, celui de l’ANSS pour les MSM est parti d’une volonté, celle de Jeanne Gapiya, la présidente de l’association, et de quelques militants dont Georges Kanuma. Un choix raisonné et éthique prenant en compte une réalité : une lutte efficace contre le VIH ne pourra pas se faire si elle laisse de côté un des groupes les plus concernés par l’épidémie. L’ANSS intègre donc dès janvier 2009 ce projet a ses actions. Sidaction apporte un financement, AIDES un appui méthodologique. Le projet reçoit également un soutien de l’Agence française de développement. Son objectif est d’abord de proposer des actions de prévention et de sensibilisation sur le VIH et les IST aux MSM et de proposer, en l’adaptant aux besoins, une prise en charge globale. Ce sont des pairs éducateurs, formés pour cela, qui mettent en œuvre les différentes actions du projet. Terme du jargon associatif, les pairs éducateurs sont des personnes qui appartiennent à un groupe, une communauté ou un milieu et qui sensibilisent d’autres personnes de ce même groupe aux questions de santé, de prévention, de sexualité… Proches des personnes auxquelles ils s’adressent puisqu’ils partagent avec elles les mêmes vécus, ou peuvent avoir été confrontés aux mêmes problèmes, d’où la pertinence de leur approche, les pairs éducateurs sont présents dans de très nombreux projets de lutte contre le VIH/sida. Entre 2009 et 2012, les pairs éducateurs investis dans ce programme réalisent près de 1 800 visites auprès de MSM, 279 d’entre eux participent à des ateliers d’information et de sensibilisation. Près de deux cents MSM se font dépister. Pour 2013, entre les visites à domicile et les personnes rencontrées à l’association, ce sont plus de 600 MSM qui auront été rencontrés. Le projet bénéficie d’ailleurs d’un local spécifique permettant des rendez-vous, un service d’écoute et d’accompagnement des personnes, la distribution gratuite d’outils de prévention (gels et capotes, dépliants et brochures). Les pairs éducateurs sont un peu sur tous les fronts : ils assurent la promotion du dépistage, font des “descentes sur le terrain” — ils sillonnent les treize communes de Bujumbura —, animent des ateliers d’information et de sensibilisation sur le risque accru du VIH et des IST chez les gays, sur les modes de prévention les mieux adaptés à leurs pratiques. Ils organisent aussi des groupes de paroles, font des visites à domicile et à l’hôpital, mettent en place des activités génératrices de revenus pour les MSM ayant des difficultés financières. Ah oui, j’oubliais, ils font aussi du soutien psychologique et social en fonction des besoins individuels des personnes rencontrées.

Homophobie des champs…ou des villes

Gabriel est en charge du projet MSM. Des idées, il n’en manque pas. Il souhaiterait que les pairs éducateurs dont il anime l’équipe puissent proposer des tests rapides d’orientation diagnostique comme les militants de AIDES le font en France ou comme cela existe aussi en Côte d’Ivoire. Au Burundi, des tests rapides existent, mais présenteraient trop de résultats “faux positifs” ; un phénomène qu’on ne constate pas ailleurs. A travers nos échanges, Gabriel et moi avons brassé beaucoup de sujets comme celui du développement du projet MSM hors de la capitale. Actuellement, cette action se déroule uniquement à Bujumbura. L’ANSS envisage sérieusement que son antenne de Makamba, située à trois heures de route, dans une zone pour partie montagneuse, le propose à son tour. La ville n’est pas grande (30 000 habitants environ), située au sud du pays dans la zone frontalière avec la Tanzanie. Elle a surtout l’énorme avantage que deux associations LGBT, dont Muco w’urwaruka (“Jeunes Lumières du Burundi”), y soient présentes. Muco w’urwaruka est particulièrement intéressante puisque l’association, créée en 2010, est le fruit du dialogue entre un militant gay Théophile Habonimana Buriza et des jeunes de la communauté LGBT vivant en zone rurale. L’association travaille sur les droits humains des LGBT, l’épanouissement personnel et la lutte contre le VIH/sida. Le contexte provincial est d’autant plus intéressant que ce n’est pas dans les provinces même les plus reculées du Burundi qu’on déplore le plus de violences homophobes. Selon Gabriel, si les Burundais ne comprennent pas vraiment les homosexuels, il n’y a que peu voire pas d’actes ou propos homophobes en province. C’est l’inverse à Bujumbura où on trouve des discours homophobes dans la population et où de nombreux homosexuels sont chassés de leurs familles, voire battus par des membres de leur famille. Il n’est pas rare non plus que des MSM soient envoyés chez des prêtres afin d’être “rééduqués” ; dans d’autres cas, lorsque les familles financent les études, elles exercent un chantage et coupent les vivres en attendant que les personnes changent.

Des réseaux… hors les murs !

Tout cela a des répercussions sur la vie sociale, affective des MSM. Et le projet de l’ANSS l’a bien intégré. L’équipe de pairs éducateurs doit faire avec des éléments qui sont connus depuis longtemps et qui ne sont d’ailleurs pas spécifiques au Burundi. Par exemple, les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes ne se reconnaissent pas forcément comme gay. Des gays ne souhaitent plus vivre cachés et se rapprochent d’associations identitaires. Des hommes mariés couchent avec des mecs sans que cela semble poser de problèmes à leurs épouses, dès lors que les couples ont des enfants, une vie de famille établie et que les hommes garantissent financièrement les moyens de cette vie de famille. L’homosexualité est vécue de façon beaucoup plus cachée dans les quartiers huppés. Gabriel explique d’ailleurs qu’il est plus facile de sensibiliser dans les quartiers populaires que dans les quartiers riches. Si le rapport sur les groupes à haut risque de Diane Mpinganzima expliquait que les lieux de loisirs avec possibilités de rencontres de partenaires sexuels étaient nombreux dans la capitale (près de 900 !), il n’en reste pas moins qu’il n’existe pas de lieux identitaires (un café gay par exemple). Les pairs éducateurs du projet MSM connaissent les personnes et les approchent grâce au bouche à oreille. Ils font jouer à plein leurs réseaux personnels, des réseaux qui se croisent. Bien entendu, il arrive que des gays les approchent car ils savent qu’ils pourront avoir des capotes et du gel auprès d’eux. La réussite de ce travail passe par les actions hors les murs. Il faut sortir du site, aller à la rencontre des personnes où elles vivent, ce que font les pairs éducateurs qui sillonnent les treize communes de la capitale.

Un contexte bien complexe

Présenté ainsi, on pourrait croire que le travail n’est pas si compliqué que cela. Dans les faits, comme me l’expose Gabriel, ce n’est pas aussi simple. Prenons trois exemples qui montrent que le contexte est décidément bien complexe. Au Burundi, le Conseil national de lutte contre le sida (CNLS), la structure qui coordonne le Plan national de lutte contre le VIH et les IST, fournit, en grande quantité, des dosettes de gel siglées du logo de la CNLS. Les militants utilisent ces dosettes car si l’un d’eux ou si un travailleur du sexe est arrêté avec une dosette de gel non ciglée sur lui, la police va présumer qu’il est homosexuel ou qu’il a une attitude prosélyte, ce que la loi interdit. Autrement dit, ces dosettes de gel marquées d’un logo officiel protègent les acteurs de la prévention et les personnes utilisatrices.

Deuxième exemple : lors d’une de ses interventions, un pair éducateur fait la rencontre d’un jeune gay mineur. Il fait comme il en a l’habitude une sensibilisation aux questions de VIH et d’IST et remet au jeune gay du matériel de prévention. Ses parents ont, par la suite, porté plainte contre lui pour incitation à l’homosexualité. L’association va accompagner et soutenir son militant au procès… car procès il devrait y avoir. Qu’aurait-il fallu faire ? Pour Gabriel, pas de tergiversations : “Face au risque VIH, quelle que soit la personne, je lui donne les outils pour éviter de se contaminer”.

Dernier exemple. En 2014, plusieurs structures ont mis en place, elles aussi, des pairs éducateurs, souvent avec des moyens financiers supérieurs à ceux de l’ANSS. Une des conséquences a été le départ de pairs éducateurs investis à l’ANSS vers d’autres structures. Pour l’association, l’enjeu est d’importance. Elle doit renforcer son équipe de pairs éducateurs et surtout s’assurer que leur bénévolat ne pâtira pas d’éventuelles activités professionnelles. En effet, avec souvent des conditions de vie difficiles, les personnes cherchent, c’est assez logique, des activités leur permettant d’avoir des revenus ; ces activités professionnelles permettent moins d’investissement dans le bénévolat, malgré la volonté d’engagement des personnes. Elle doit aussi développer ses partenariats avec les associations identitaires, améliorer la qualité des actions et avoir un meilleur suivi. Car décidément, rien n’est simple. Les pairs éducateurs de l’ANSS sont des bénévoles. Ils reçoivent des défraiements pour leurs frais de déplacement, mais n’ont aucune rétribution. Au début de la mise en place des pairs éducateurs, l’accent a beaucoup été mis sur le nombre de personnes rencontrées. Il fallait rencontrer du monde, beaucoup de monde sans pour autant que l’action obéisse à la seule politique du chiffre. Reste que des personnes rencontrées ont vite compris que des objectifs quantitatifs avaient été fixés aux pairs éducateurs. Assez rapidement, les rapports entre personnes rencontrées et pairs éducateurs ont tourné au donnant-donnant, les premiers demandant des compensations aux seconds. Du genre, “Je veux bien discuter avec toi… Du coup, tu auras fait une rencontre que tu pourras compter dans tes actions, mais je voudrais en échange un peu d’argent ou que tu paies les boissons lors de notre rencontre”. Pairs éducateurs, équipe du projet MSM et ANSS ont vite compris la dérive possible ainsi que la menace sur la fiabilité des chiffres d’actions, la qualité des entretiens… Des solutions ont été trouvées et s’appliquent : principalement des sessions de formation faites par AIDES ainsi que par l’équipe de coordination du projet MSM. Elles réassurent les pairs éducateurs, permettent d’échanger sur les pratiques, les solutions à mettre en place, etc.

“N’aies pas peur”

Humure est la plus ancienne association LGBTI du Burundi. C’est ce que m’expliquent Alain, directeur exécutif pour Humure du projet Populations des grands lacs, et Uwimana, administrateur de l’association qui s’occupe aussi des questions sociales. L’association a été créée en 2003 avec la mobilisation de huit personnes, à l’initiative de Georges Kanuma, le premier activiste de la cause LGBTI du Burundi. Georges, aujourd’hui décédé, l’a d’ailleurs un temps présidée. Son mot d’ordre est direct : “Le seul moyen de lutter contre le VIH/Sida, c’est dire NON à toutes formes de discrimination !” Elle ne s’est d’ailleurs pas toujours appelée Humure. A sa création, l’association s’appelait Ardho (Association pour le respect des droits des homosexuels). Rapidement, l’association se préoccupe des questions de santé, VIH au premier chef. Le lien se fait naturellement avec l’ANSS. En 2009, Humure met en place un centre d’écoute et d’assistance aux LGBTI, avec le soutien d’une organisation non gouvernementale kenyane (Uhai) et une ONG américaine, le Global Fund for Human Rights. Ce centre a aussi pour mission la distribution de gels et préservatifs aux MSM. Cette même année, l’ANSS, on l’a vu, lance son projet MSM. Ces deux initiatives se font alors que le pays adopte une loi de criminalisation de l’homosexualité (avril 2009). C’est une régression importante en matière de droits humains qui se fait concomitamment à l’abolition de la peine de mort. Cette nouvelle donne concernant l’homosexualité conduit l’Ardho au sigle trop clairement pro-gay à changer de nom au profit d’Humure (qui veut dire : “N’aies pas peur !”). Ce changement de nom s’accompagne d’une évolution pour l’association qui devient une association spécialisée dans les droits humains et pour l’accès aux traitements. Humure n’a pas d’autres solutions et fait un choix stratégique payant puisqu’elle œuvre désormais dans les droits humains sans rien renier des objectifs initiaux de sa création.

Effets de loi

Mes échanges avec Alain et Uwimana confirment ce que Gabriel m’avait dit. Bien sûr la loi de 2009 a ouvert les digues de la discrimination, légitimant les propos homophobes, ouvrant même la voie au racket des homosexuels, conduisant la police à faire du zèle kafkaïen : les fameuses dosettes de gel qui, trouvées sur vous, font de vous un homosexuel ! Bien sûr, la loi a détérioré le contexte social à l’égard des minorités sexuelles : gays, lesbiennes, et surtout trans. Les militants d’Humure m’ont dit que les trans étaient discriminé-e-s y compris par les gays, qu’il leur était impossible d’être visible, que c’était même mieux d’être invisibles pour ne pas être rejeté-e-s du système scolaire y compris supérieur. Un centre, Remuruka (“Sois apaisé”), accueille les trans. On y trouve médecins, psychologues, infirmiers, etc. Des associations LGBTI les aident également.

Paradoxalement, la loi de 2009 a suscité de nombreux débats sur l’homosexualité et provoqué un choc qui a permis le renforcement de la visibilité des LGBTI, d’où les initiatives lancées par les associations, les partenariats mis en œuvre. Même l’Etat a accepté que les personnes LGBTI soient reconnues comme groupe vulnérable et soient prises en compte dans les programmes de lutte contre le VIH/sida et les IST. De fait, outre Humure et l’ANSS, le Conseil national de lutte contre le sida du Burundi, l’organisation américaine Heartland Alliance, Acord (une association de recherche et de développement), la Fondation du Roi Baudouin de Belgique ou encore l’Onusida se sont engagés dans diverses actions pour prendre en compte les MSM dans les politiques de santé du pays.

Aujourd’hui, le partenariat entre Humure et l’ANSS est de plus en plus formalisé. Humure oriente certaines personnes rencontrées via ses pairs éducateurs (une trentaine) vers l’ANSS, dont le centre de prise en charge du VIH s’avère indispensable. D’autres projets sont lancés. Reste aux différents acteurs à trouver leurs marques sur le long terme, à jouer intelligemment dans un contexte complexe, à renforcer des partenariats qui permettent d’agir de façon complémentaire dans l’intérêt des personnes LGBTI et de leur santé.

Comme le dit un célèbre proverbe du pays : “Point d’intelligence qui ne préside l’avenir.”

Remerciements à Jeanne Gapiya, Gabriel, Candice Audemard et Emmanuel Cook

(1) Le kirundi est une des langues bantoues parlées au Burundi. Les langues bantoues, environ 400, sont parlées dans le sud du continent africain
(2) : Cités par l’agence de presse chinoise Xinhua, 8 novembre 2013

Cette article à été originairement,  publier, sur la page : SERONET Info en +

Ces derniers mois, des manifestations ont été observées dans le pays pour contester que le Président de la République Son Excellence M. Pierre NKURUNZIZA se représente aux élections présidentielles de 2015. Certains partis politiques de l’opposition et certaines ONG nationales et internationales se sont opposés à la volonté du président de briguer un autre mandat qu’ils jugent illégal et contraire à la Constitution du Burundi.

Au lendemain de la formatio

n de son gouvernement, le président de la République dans son discours à la nation a annoncé de nouvelles réformes. Dans ces réformes, le Président a notamment indiqué la mise en place d’une Commission chargée des ONGs tant nationales qu’internationales.

« Nous allons faire examiner en profondeur comment mettre sur pieds une Commission chargée des ONGs nationales et intern

ationales, de les agréer et de faire le suivi sur la manière dont elles font leur travail : il est démontré qu’un certain désordre existe dans ces Organisations.
Cette Commission fera le suivi des réalisations de ces ONGs afin que leur apport au développement du pays soit plus visible et qu’il augmente conformément aux nouvelles dispositions règlementaires qui vont être bientôt définies. Les financements de ces Organisations devront passer par des canaux bien connus et servir à des fins auxquelles ils avaient été destinés. Au cas contraire, les lois et règlements seront appliqués, et celui qui les aura enfreints, qui qu’il soit, sera sanctionné. »

La mise en place de cette Commission pourrait être perçue comme visant à restreindre la liberté d’association, garantie par la Constitution du Burundi dans son article 32 qui indique que : “La liberté de réunion et d’association est garantie, de même que le droit de fonder des associations ou organisations conformément à la loi.”

Sachant que les relations entre l’Etat et certaines Organisations de la Société civile n’ont pas été bonnes ces derniers temps, les réformes annoncées peuvent être interprétées comme une immixtion de l’Etat dans la gestion de ces Organisations. Ces réformes pourraient être perçues en même temps comme des mesures de représailles contre les ONG qui ont manifesté leur engagement dans la campagne contre un «  troisième » mandat du Président Pierre NKURUNZIZA.

Les motifs avancés par le gouvernement d’orienter les financements octroyés à ces Organisations vers les apports au développement n’ont pas de fondement vu que les bailleurs octroient leurs financements aux Organisations qui travaillent la plupart des cas dans des programmes de développement communautaire dont bénéficie la population nécessiteuse.

Ces réformes, si elles sont mises en place, feront basculer le Burundi dans un État-providence qui ne fera qu’aggraver la situation politique, socio-économique, ainsi que celle des droits humains, qui est par ailleurs préoccupante dans ces moments où certains bailleurs ont annoncé qu’ils vont suspendre leur aide aux financements si le Président brigue un « troisième » mandat.

Les Organisations LGBTI affectées au premier plan

La mise en place d’une Commission visant à réguler les activités des Organisations non gouvernementale va à l’encontre de tous les conventions et traités dont le Burundi a ratifié. Par ailleurs, la Constitution du Burundi dans son article 19 indique que : « Les droits et devoirs proclamés et garantis, entre autres, par la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention relative aux droits de l’enfant font partie intégrante de la Constitution de la République du Burundi. Ces droits fondamentaux ne font l’objet d’aucune restriction ou dérogation, sauf dans certaines circonstances justifiables par l’intérêt général ou la protection d’un droit fondamental.

Même si ces mesures vont affecter toutes les ONG travaillant au Burundi en général, les Organisations qui travaillent sur la thématique LGBTI seront affectées en particulier. A l’heure actuelle, aucune Organisation d’identitaire LGBTI n’a encore été enregistrée malgré les multiples tentatives. Les réformes annoncées par le Président de la République risquent d’anéantir les efforts et le travail de plaidoyer déjà engagé depuis 2009 par les Organisations LGBTI du Burundi.

Lire aussi :

  1. 26/08/2015_Message du Président Burundais, à la Nation, au lendemain de la formation du gouvernement.
  2. 28/08/2015 _ La société civile Burundaise divisée sur le CNARED.

Du coup, on penserait qu’il n’y a aucun lien. Et pourtant si, puisque des cas ont déjà démontré qu’il y a une relation de cause à effet entre le fait d’être homosexuel au Burundi, et la situation politique que vit le Burundi actuellement.

Deux jeunes hommes assistants à une représentation théâtrale sur la “santé sexuelle et reproductive” dans la région rurale de la commune MABAYI en province Cibitoke, Burundi, février 2015. (Photographie: Source privée.)

Au moment où l’homosexualité est incriminée au Burundi depuis 2009, la communauté LGBT au pays reste terrée dans sa solitude, et a peur de se manifester à cause des discriminations et stigmatisations. Du coup, le sujet est rendu davantage tabou par un manque d’ouverture sur des discussions et des débats « constructifs » par rapport au respect et à la tolérance des personnes LGBT dans la société burundaise. Pour s’en rendre compte par exemple, il suffit de jeter un coup d’œil sur les commentaires de l’article Homosexualité : un mal venu d’ailleurs ? de Jean Marie Ngendahayo, paru sur le site du Groupe de presse Iwacu, le 9 mars 2014 ou de se demander les motivations de ce poste avec un titre aussi évocateur sur les opinions de son auteur, par rapport à l’homosexualité.

La crise politique actuelle influe sur les droits des LGBT

« Avant la crise, on ne connaissait pas beaucoup de cas de violations des droits LGBT », se désole Lamec Niyongabo* , un gay qui cite deux cas de violence envers ses deux amies Transgenres ( De la haine envers les minorités sexuelles…Toujours aussi gratuitement et une transphobie aux allures inquiétantes.) observés pendant la période de contestation de la 3ème candidature du président Pierre Nkurunziza. Deux Trans qui se seraient fait violenter par des inconnus à la sortie d’une même boîte de nuit à des jours différents. Un autre cas est celui d’un jeune gay de 19 ans qui s’est fait violer sexuellement jusqu’à perdre beaucoup de sang. Pour Lamec Niyangabo*, tous ces agresseurs profitent de la situation actuelle du pays pour commettre ces forfaits, parce qu’ils pensent peut-être qu’ils ne seront pas poursuivis, « du moment qu’au Burundi, les LGBT sont vus d’un mauvais œil en général. ». Lamec Niyongabo* a lui-même été sollicité pour faire la ronde de nuit, mais « ne se sentant pas prêt à l e faire suite à ma situation, j’ai prétexté que je ne pouvais pas faire une ronde de nuit sans être armé, et on n’a pas insisté là-dessus parce qu’on voyait aussi que je n’étais pas du genre à faire une surveillance de nuit. » En réalité, comme il le dit lui-même, c’était un prétexte. « J’avais tout simplement peur d’y aller, parce que j’étais conscient que suite à ma condition de gay, je n’étais pas bien vu de tout le monde, et que donc, toute forme de violence pouvait m’arriver. » C’est ainsi donc que la condition LGBT peut restreindre la possibilité de participer à ce qui se passe dans sa société, par peur de mauvaises conséquences qui peuvent arriver.

Le droit de vote des LGBT mis en cause

Ce n’est pas seulement par peur de ce qui peut leur arriver que les LGBT ne s’engagent pas dans leur société, c’est aussi par manque d’intérêt. Ainsi, comme nous le rapporte Célia Kayonde dans son article Burundi : La communauté homosexuelle ne votera peut-être pas !, sur une cinquantaine de jeunes LGBT interrogés, deux seulement étaient prêts à aller voter. Motif : «Pourquoi je perdrai mon temps à aller donner ma voix pour des hommes qui ont adopté une loi sur la pénalisation de ce que je suis?», rapporte Célia, citant un jeune homme interrogé. Selon l’auteure de l’article, « les homosexuels, eux, ne savent même pas pour qui ils voteraient si jamais ils le faisaient puisqu’aucun candidat qu’il soit libre ou engagé dans un certain parti politique, aucun n’a engagé le sentiment de défendre leurs droits. » Bémol : une jeune lesbienne, elle, pense que « si les jeunes comme elle continuent à penser que ça ne sert à rien de participer aux élections parce que l’on est discriminé, ils seront toujours oubliés et persécutés, voter serait une façon de créer un changement. »

Alors que l’article 20 de la Constitution du Burundi stipule très bien que « tous les citoyens ont des droits et des obligations », il est remarquable que certains des citoyens restent non convaincus de leurs devoirs civiques. Ceci à cause des situations d’injustice auxquelles ils font face souvent, des situations prenant force dans des législations mises en place par leur propre Etat et en summum de leurs difficultés de vie, nombreux d’entre eux font encore face à des affirmations d’inexistence de « ce genres de personnes » dans la société locale. Si le pas à franchir pour beaucoup d’entre eux reste grand et que certains de leurs revendications premières ne s’apparentent en rien au mariage ni à l’adoption mais plutôt le respect, la tolérance, la protection et le droit à la vie privée, une mention finale à porter à cet article va dans le sens de chacun à prendre la responsabilité pour promouvoir les droits humains, l’accès aux opportunités de vie en égalitaires et le développement d’ensemble avec sécurité et protection.

*Pour des raisons de sécurité et d’anonymat le nom de la personne a été changé.

Lire aussi, BURUNDI: l’Etau se resserre autour des homosexuels?

 

Si les deux dernières histoires en date, de violations envers deux personnes Transgenres ( De la haine envers les minorités sexuelles…Toujours aussi gratuitement et Une transphobie aux allures inquiétantes.), alimentent encore les conversations, des questionnements se posent désormais sur l’évolution de ces situations. Ça reste très inquiétant de savoir que des personnes continuent à se faire agresser et qu’il est difficile de savoir à propos de ces violations à cause du manque de cadre légal, pour les activistes LGBT de travailler en identitaire des objectifs de leur travail, mais surtout de s’organiser et de prendre action pour changer les choses.

La dernière violence a été faite à l’endroit d’un jeune gay qui a été violé alors qu’il rentrait chez lui. Il nous raconte comment ça s’est passé.

« Vivant au nord de la Capitale Bujumbura, je rentrais à 02h du matin en provenance d’une fête. Arrivé sur la route principale, j’ai vu deux hommes venir en ma direction et soudainement le premier m’a pris par la gorge et le deuxième s’est mis derrière moi, m’ordonnant de me pencher vers l’avant. J’ai senti alors qu’il me mettait de la salive au niveau de l’anus et qu’il commençait à me violer. Quand il a fini, le deuxième aussi a fait de même. J’avais tellement mal et avais peur que je n’arrivais même pas à crier. Je ne faisais que pleurer ; lui aussi m’a pénétré et là j’ai commencé à saigner. Quand il l’a remarqué, il m’a lâché. Je suis rentré doucement parce que n’ayant aucune force et à 9h quand je me suis réveillé, j’ai remarqué que j’avais perdu beaucoup de sang, je me suis vite présenté à une structure de santé assez friendly pour moi mais comme c’était un samedi, ils n’avaient pas encore ouvert. J’ai dû attendre jusqu’à 12h pour voir le médecin. Il m’a alors confirmé qu’il y avait eu des déchirures au niveau rectal et m’a procuré les premiers soins et une prescription de médicaments, … » Eris*

A seulement 19 ans, ce jeune homme a sans doute eu la plus traumatisante des situations de sa vie et jusqu’à présent, personne ne sait encore en chiffres exacts, combien d’autres jeunes gens dans des situations pareilles ne trouvent pas le courage de s’exprimer sur cela et y apporter solution. Or, les jeunes LGBT, au même titre que d’autres jeunes de leur âge, ont le droit d’évoluer dans des conditions sécurisées et favorables à leur épanouissement. L’impact de l’homophobie dans les sociétés locales fait que certains d’entre eux sont chassés et/ou laissés à eux mêmes par leur propre entourage (lire l’histoire de Housna ), souvent sans aucun soutien moral et/ou matériel (Lire les Histoires de nos vie sur le blog l’Atelier AGACIRO).

Si comprendre l’homosexualité reste un défi pour beaucoup de burundais, l’intérêt à porter à la lutte contre l’homophobie et sur la protection des membres de famille, ami(e)s et/ou voisin(e)s LGBT reste aussi avec un pas assez grand à franchir. L’homophobie détruit la vie des jeunes LGBT. Elle les pousse dans des situations de frustrations et vulnérabilités accentuées. Ceci influe beaucoup sur leurs capacités et leaderships de développement, ce qui accentue leurs marginalités dans les sociétés locales, puisque n’arrivant pas à être « des personnes qui réussissent. ».

Peu importe ce qui ils sont, les jeunes, puisqu’étant l’avenir, méritent toute l’attention pour être écoutés et épaulés afin d’accéder à la sécurité tant mentale que physique, capable de les procurer assez de forces pour se développer en harmonie avec le total potentiel de leurs capacités.

*Pour des raisons d’anonymat et de sécurité, les noms ont été changés.

Un couple de jeunes sud-africaines participants à la marche des fiertés à SOWETO, en 2013. (Photographie: Ikanyiso.org)

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Un couple de jeunes sud-africaines participants à la marche des fiertés à SOWETO, en 2013. (Photographie: Ikanyiso.org)

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Un couple de jeunes sud-africaines participants à la marche des fiertés à SOWETO, en 2013. (Photographie: Ikanyiso.org)

L’histoire de cette transgenre battue dans une boite de nuit de Bujumbura (allant jusqu’à prendre même des allures d’une course poursuite, digne d’une série policière), a choqué beaucoup de personnes LGBT dans l’entourage de la victime. Par la violence qui a caractérisé la scène, cette histoire reste une des preuves des situations difficiles auxquelles sont exposées, quotidiennement, les personnes LGBT au Burundi.

Audrey Mbugua, Transgenre Kenyanne, a été impliqué dans divers actions judiciaires pour les droits des personnes transgenres dans son pays. (Photographie: Reuters)

Une autre agression, une autre Trans…au même endroit.

Bujumbura, 17 juillet 2015 à 4h du matin, bonne ambiance dans ce bar du centre-ville. Elise*, transgenre de 31 ans prend du bon temps avec des amis. Soudain, un jeune homme survient dans le groupe l’accusant, à voix haute, d’être homosexuel ; la victime de nature assez féminine, ne nie rien: « Je lui ai alors répondu qu’il n’y avait rien de nouveau dans ce qu’il venait de dire, que tout le monde le savait.». Le jeune homme, prenant en mal sa colère, lui donne alors un coup de point sur le bras gauche. « Je l’ai ensuite pris par le coup et la bagarre a éclaté, mais après un court instant ses amis se sont mis entre nous et en nous débattant chacun de son coté, mon bras a heurté un verre cassé qui m’a blessé sur le bras droit. J’ai perdu beaucoup de sang et mes amis m’ont amené à l’hôpital où j’ai été recousue. » Ce cas est une des mauvaises expériences qui arrivent à être connues, uniquement, parce que la personne ayant contacté ses amis activistes pour savoir comment porter plainte pour « homophobie » et « coups et blessures ». Il n’a pas été facile pour elle de le faire, à cause de la difficulté d’accès à des services « judiciaires friendly » capables de comprendre la requête, avant tout comme une violation des droits d’autrui sans passer catégoriquement à juger qui porte plainte. « C’est en effet difficile avec “sa présentation”, de porter plainte et de s’en sortir ainsi, sans être accusée d’autres choses », commente Hélène* une de ses amies.

La question d’incompréhension et d’intolérance envers les personnes Transgenres reste une réalité que beaucoup d’entre elles font face, que ce soit en dehors et au sein de la communauté LGBT, souvent par un manque d’informations claires sur la transsexualité, un leadership avec un niveau assez bas par rapport aux autres catégories de la communauté LGBT, et des services communautaires/sanitaires qui vont toujours dans des sens cadrés « Gays et Lesbiennes ». L’enjeu reste de taille pour ces personnes d’où l’importance de garder en rappel leurs conditions de vie et contribuer à améliorer leur vie, dans les sociétés locales. *Pour des raisons d’anonymat et de sécurité, les noms ont été changés.

Lire l’histoire A woman trapped into a man’s body.(En anglais)

Lire Le transexualisme expliqué par un psy.

Comprendre l’enfant transgenre.

Regarder Uganda Transgender girl fight for her right to love (Webserie en anglais).

11 Juillet 2015_Célébrée chaque année depuis 1989, cette journée est placée en 2015 sous le thème : « Les populations vulnérables dans les situations d’urgence ».La thématique des populations est un sujet en rapport avec nombreux des thématiques d’intérêt politique, social, culturel et humanitaire. C’est une source riche d’informations de tous genres sur les conditions de vie, les progrès réalisés, mais aussi les leçons à apprendre sur les divers domaines de la vie humaine afin de continuer à promouvoir le développement durable pour toutes les populations du monde.

Si l’expression même « Populations du monde » sous-entend un certain sens de globalité, d’unicité, d’actions d’ensemble ; il est cependant étonnant et très déplorable de constater comment certaines catégories de ces populations restent traitées en citoyens de seconde zone, par leurs propres entourages et malheureusement parfois, par leurs propres gouvernements. Ces populations marginalisées pour tout et n’importe quelle raison, évoluent « en pourtour » des avantages et des occasions de développement dont bénéficient les autres, souvent sans moyens tangibles d’y accéder, et dans le cas où ils en ont accès, ils font face à d’autres défis non moins négligeables, ne favorisant pas leur développement au même titre que le reste des populations.

La Journée mondiale de la population a pour objectif d’attirer l’attention sur l’urgence et l’importance des questions des populations et entre surtout dans un cadre global de contribution, à travers le monde, à la réalisation des objectifs de la Charte des Nations Unies ainsi qu’à la sensibilisation du public sur ces sujets. Dans le secteur des droits humains, elle reste aujourd’hui un des bons moyens pour partager sur l’inaliénabilité, l’indivisibilité et l’universalité des droits garantis à toutes les populations sans exception aucune.

Les conditions de vie des minorités sexuelles en 2015 au Burundi, restent insatisfaisantes et nombreux sont les défis quotidiens auxquels font face cette catégorie de la population vulnérable au Burundi : accès aux services juridiques et sanitaires adéquats, protection contre les actions de violences physiques et psychologiques, droits à l’information sur la santé sexuelle et reproductive, l’égalité des genres, les droits sociaux, etc.

Le gouvernement burundais doit prendre conscience que la présence des minorités sexuelles dans sa population est un fait indéniable, mais surtout avoir le courage d’affronter les besoins auxquels font face ses populations, pour pouvoir mettre en œuvre des politiques qui répondent aux besoins présents et futurs, dans un sens global du développement durable de toutes ses populations.

Les droits humains restent un point clé vers le développement durable des populations du monde. Ainsi, considérer et contribuer aux cadres d’évolution des populations vulnérables dans leurs situations quotidiennes aussi reste une nécessité pour tous.